Environ un quart des mis en causes pour des faits de violence sexuelle sont des mineurs. Il existe pour l’heure peu de structures spécialisées et de personnels formés à la prise en charge de ces adolescents.

Malgré le fait qu’il existe peu de données épidémiologiques, on estime que 20% des infractions à caractère sexuel sont commises par des mineurs.

Selon le bulletin d’informations statistiques InfoStat Justice de septembre 2018 - qui se centre uniquement sur les crimes et délits de nature sexuelle - un quart des auteurs condamnés pour violences sexuelles sont des mineurs de moins de 16 ans, et, ils sont plus souvent auteurs d’infraction sur une victime elle-même mineure.

« Les viols sur mineurs de moins de 15 ans (4 000 condamnations entre 2007 et 2016) ainsi que les viols en réunion (1 100 condamnations) sont souvent le fait d’auteurs jeunes. Ainsi, 45% des condamnés pour viol sur mineur de moins de 15 ans ont moins de 16 ans au moment des faits et 28 % ont 13 ans ou moins. De même, 34 % des auteurs condamnés pour viol en réunion ont moins de 16 ans au moment des faits contre 8 % de ceux condamnés pour des viols d’autres types », détaille l’étude.

Près de 8 % des auteurs présumés de violences sexuelles ont moins de 13 ans.

Le bilan annuel du service de statistique ministériel de la sécurité intérieur, « Insécurité et délinquance en 2020 : bilan statistique », publié en avril 2021, indique que près de 8 % des auteurs présumés de violences sexuelles ont moins de 13 ans.

75 % ont un diagnostic DSM

Lors du Congrès Français de Psychiatrie 2021 à Montpellier en décembre, Céline Bais, psychiatre et coordinatrice du Centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles Languedoc- Roussillon (CRIAVS-LR) a apporté quelques éclairages sur ces mineurs auteurs d’infractions à caractère sexuel.
S’ils ont des profils psychopathologiques très hétérogènes, 75% d’entre eux ont un diagnostic DSM : troubles internalisés (anxiété, dépression) (39%), troubles externalisés (troubles du comportement…) (57%), abus/dépendance de substance (12%). « Il n’y a en effet pas de consensus quant au profil de ces adolescents mais ils montrent des caractéristiques communes : ces jeunes présentent des difficultés dans les habilités sociales, des problèmes relationnels, une impulsivité, une éducation sexuelle lacunaire… », explique-t-elle.

Comment les prendre en charge ?

La plupart de ces jeunes ont une obligation de soin, et sont donc suivis par des professionnels de santé : psychologues, psychiatres ou pédopsychiatres pour les plus jeunes. Cette population qui est à distinguer des auteurs de violences sexuelles adultes, nécessite un accompagnement judiciaire, social et sanitaire afin de prévenir la récidive à l'âge adulte. En effet, il faut prendre en considération le fait que 50% des adultes auteurs de violence sexuelle sur mineurs ont vu apparaître leurs intérêts sexuels déviants pendant leur adolescence.

« L’objectif est d’aider les jeunes à mieux gérer leur trouble dans le domaine des relations interpersonnelles, affectives et sexuelles et ainsi améliorer leur qualité de vie »

Solutions alternatives au passage à l’acte

Les dernières recommandations sur cette population adolescente traitent de l’intérêt de la psychoéducation. C’est dans cette optique que le Centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles Languedoc-Roussillon (CRIAVS-LR) implanté au CHU Lapeyronie à Montpellier (Hérault) a mis en place un groupe de psychoéducation sur "vie affective et sexuelle" pour adolescents et jeunes adultes. Ce groupe est destiné aux 14-16 ans ou aux 17-20 ans ayant commis une infraction à caractère sexuel ou ayant eu une problématique avec la sexualité.

« L’objectif est d’aider les jeunes à mieux gérer leur trouble dans le domaine des relations interpersonnelles, affectives et sexuelles et ainsi améliorer leur qualité de vie. L’idée poursuivie étant que les jeunes eux-mêmes acquièrent des compétences leur permettant de trouver des solutions alternatives à un passage à l’acte sexuel, et leur permettre une meilleure introspection. Pour cela, un intérêt particulier dans notre groupe est porté aux distorsions cognitives et aux préjugés en ce qui concerne la sexualité » , expose le Dr Bais.

Ce programme se compose de 10 séances de 1 h 30 avec 10 thématiques : les violences, le sexisme, le consentement, l’emprise, la pression sociale, la maîtrise de soi, l’empathie, la séduction et la relation amoureuse, le sexe sous influence et en dernière séance le retour sur le passage à l’acte. Chaque groupe se compose de 6 jeunes maximum et est mené par deux animateurs formés. « Pour attirer l’attention des jeunes, il a été décidé d’utiliser des médias visuels, que ce soit images, vidéos, articles de presse autour desquels on leur demande de participer de manière verbale mais aussi ludique… Grâce à l’utilisation de ces outils, on observe une meilleure dynamique de groupe, plus de participation et d’implication de la part des jeunes. »

Quels sont les résultats obtenus ? Pour l’heure sur 36 jeunes qui ont suivi ce programme, 9 voulaient continuer, 8 ont été perdus de vue et deux ont récidivé peu de temps après.