Pour sa septième et dernière Conférence nationale du handicap, Emmanuel Macron défend son bilan sur l’école inclusive et promet de changer d’échelle. Les associations reconnaissent certaines avancées, mais contestent le manque de moyens identifiés et attendent des effets concrets.

Vingt et un ans après la loi de 2005, l’école inclusive reste loin d’avoir achevé sa mue. Ce 4 septembre, au Prisme de Bobigny, Emmanuel Macron consacre une large partie de sa dernière Conférence nationale du handicap (CNH) à la scolarisation des enfants handicapés. Le président de la République revendique neuf années de progression des effectifs et des budgets, tout en reconnaissant des parcours encore trop compliqués et des ruptures qui persistent. La feuille de route retient une formule forte : « garantir la scolarisation de chaque enfant au sein de l’école ». Derrière cette ambition, l’exécutif veut généraliser les pôles d’appui à la scolarité (PAS), rapprocher l’école du médico-social et mieux coordonner les décisions prises autour de l’élève.

Les chiffres du bilan

Emmanuel Macron commence par rappeler le chemin parcouru depuis 2017. « En 2025 […] il y a eu plus de 550 000 élèves en situation de handicap qui ont été scolarisés. Il y en avait en 2017, 321 000. Soit une hausse donc de 62 % », souligne-t-il. Pour la rentrée 2026, le gouvernement avance désormais le chiffre de 560 000 élèves. Le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) augmente dans les mêmes proportions. « La Nation a triplé le nombre d’AESH », rappelle le chef de l’État : de 43 000 en 2017 à plus de 140 000 aujourd’hui.

Le président ne présente pas pour autant leur situation comme réglée. Il évoque « un travail aussi qui continue pour améliorer leurs conditions de travail, de rémunération, leur statut ». Les recrutements ont fortement augmenté, mais les temps incomplets et les niveaux de rémunération continuent d’alimenter la précarité du métier.

Même démonstration sur le budget. « Durant les neuf dernières années, les moyens consacrés à l’école inclusive ont ainsi plus que doublé », affirme Emmanuel Macron. Ils passent, selon lui, de 2,1 milliards d’euros par an à 4,8 milliards. « Nous avons en huit ans mobilisé 40 milliards d’euros pour l’école inclusive et nous devons continuer. » Les chiffres servent le bilan. Mais l’exécutif veut désormais dépasser la seule hausse du nombre d’AESH et d’élèves scolarisés : la nouvelle étape doit porter sur l’organisation même de l’école et sa capacité à s’adapter aux besoins des enfants.

Les PAS montent en puissance

Les pôles d’appui à la scolarité deviennent l’un des principaux outils de cette évolution. « On a 1 500 pôles qui sont déployés en 2026. C’est la moitié du maillage cible qu’on vise », précise Emmanuel Macron. La cible reste fixée à 3 000 PAS à la rentrée 2027, avec une couverture nationale.

Ces pôles offrent un point d’appui de proximité aux familles et aux équipes éducatives. Ils doivent permettre d’apporter rapidement une première réponse à une difficulté rencontrée par un élève — adaptation pédagogique, matériel, aide humaine ou recours à une expertise médico-sociale — sans attendre systématiquement une décision de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Plus de 13 200 enfants bénéficient déjà de leur intervention.

« L’école accessible, c’est une école qui s’adapte aux façons d’apprendre de chaque élève », souligne le chef de l’État. Une orientation qui déplace le curseur : il ne s’agit plus seulement de compenser individuellement le handicap, mais de rendre l’environnement scolaire lui-même plus accessible.

École, MDPH, ARS

La réorganisation passe aussi par une nouvelle gouvernance. « À compter de la rentrée 2026, tous les départements mettront en place une gouvernance conjointe et intégrée de l’École pour tous », prévoit la feuille de route.

Éducation nationale, maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) et agences régionales de santé (ARS) devront ainsi croiser leurs décisions pour proposer « une réponse coordonnée aux besoins de chaque élève ».

Pour les familles, l’objectif est très concret : éviter que scolarisation, orientation et accompagnement médico-social se décident séparément, avec des délais, des ruptures ou des réponses difficiles à articuler.

Le médico-social dans l’école

Le rapprochement doit aussi se concrétiser dans les établissements. La feuille de route prévoit d’y expérimenter un « nouveau modèle d’accompagnement médico-social », avec des professionnels spécialisés davantage présents auprès des élèves et des enseignants. Les différents dispositifs d’appui à la scolarisation et les professionnels des établissements et services médico-sociaux (ESMS) doivent ainsi intervenir plus directement dans l’école.

L’objectif est de rapprocher les compétences spécialisées des lieux ordinaires de scolarisation, plutôt que de maintenir des accompagnements séparés.

Le plan « 50 000 solutions », doté de 1,5 milliard d’euros jusqu’en 2030, soutient cette évolution. Près de 27 000 solutions ont été déployées depuis janvier 2024, dont plus de 8 100 pour les enfants handicapés. Près de 2 000 concernent également le renforcement des centres d’action médico-sociale précoce (CAMSP) et des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP).

Mais cette ambition se heurte à une limite très concrète : le manque de professionnels. Faire entrer davantage le médico-social dans l’école restera difficile tant que le secteur peinera lui-même à recruter

Moins d’empilement

Emmanuel Macron reconnaît aussi les effets d’un système devenu difficile à suivre. « À force d’empiler les dispositifs, les parcours sont parfois aussi devenus trop complexes », admet-il.

À partir de la rentrée 2027, les rectorats devront piloter le rapprochement des différents outils de suivi autour d’un « projet de réussite unique », de la maternelle au lycée. Ce document doit assurer une continuité dans l’accompagnement de l’élève, sans reconstruire son parcours à chaque changement de classe, d’établissement ou de cycle. « Tout ça [doit] être piloté de manière continue pour être ciblé sur l’élève », insiste le président de la République.

Dès la rentrée 2026, la formation des enseignants aux pédagogies accessibles doit être renforcée et une « charte de l’École pour tous » élaborée. Autre objectif : ramener de 7,6 à six semaines le délai d’attribution du matériel pédagogique adapté. Des locaux disponibles pourront aussi être utilisés pour accueillir de nouveaux dispositifs ou des salles neurosensorielles.

Les ruptures persistent

Les troubles du neurodéveloppement (TND) occupent également une place importante dans la feuille de route. Si Emmanuel Macron met en avant la montée en puissance des dispositifs, il reconnaît que les parcours restent encore marqués par de nombreuses ruptures. « On a encore énormément, au fond, de ruptures dans le parcours des enfants, des adolescents, puis des adultes et des familles », admet-il.

Depuis 2019, 186 000 enfants ont été repérés par les plateformes de coordination et d’orientation, dont 110 000 ont bénéficié d’un forfait d’intervention précoce. À l’école, 691 unités ou dispositifs relèvent aujourd’hui de la stratégie TND, soit 500 de plus qu’en 2017.

L’exécutif veut maintenant renforcer l’accès au diagnostic et à l’accompagnement précoce jusqu’à 6 ans. Pour les enfants avec paralysie cérébrale ou polyhandicap, certains parcours pourront être prolongés jusqu’à 20 ans afin de mieux préparer le passage à l’âge adulte. Mais l’enjeu reste moins d’ajouter des dispositifs que d’assurer leur continuité tout au long du parcours.

Après 2027

La feuille de route regarde déjà au-delà du quinquennat. Une nouvelle stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement doit couvrir la période 2027-2032. Les travaux commenceront « dès la fin de cette année ».

Emmanuel Macron fixe trois priorités : « mieux repérer et accompagner dès le plus jeune âge », « renforcer les réponses pour les adolescents et les adultes » et « apporter davantage de solutions aux situations complexes ».

À l’école, l’exécutif veut permettre des adaptations pédagogiques de premier niveau sans attendre un diagnostic, développer des outils plus accessibles, notamment grâce à l’intelligence artificielle, améliorer les aménagements d’examens et poursuivre le déploiement des unités d’enseignement et des dispositifs d’autorégulation.

Une partie de ces engagements devra donc être mise en œuvre après 2027. Emmanuel Macron le reconnaît : « J’ai conscience aussi que je parle de prochaines années où je ne serai pas là dans cette fonction. »

Des moyens en question

Cette projection à plusieurs années nourrit les réserves des associations, qui saluent certaines orientations mais interrogent leur financement.

« C’était un discours de fin de quinquennat, sans moyens financiers, donc on reste sur notre faim », estime auprès de l’AFP Arnaud de Broca, président du Collectif Handicaps. L’Unapei formule une critique plus sévère dans son communiqué. L’organisation juge les annonces « bien en deçà des propositions formulées par les associations » et déplore que « aucune mesure, ou presque, ne fait l’objet de chiffrage financier ». Elle relève aussi que certaines mesures présentées comme nouvelles figuraient déjà dans la CNH de 2023.

Même constat du côté de Paralysie Cérébrale France, qui dénonce une « longue litanie de mesures pour la plupart déjà connues » et dont les effets restent difficiles à percevoir sur le terrain. Pour la fédération, la CNH ne répond pas à la « crise profonde des modèles d’accompagnement » que traverse le secteur.

Un secteur sous tension

La question des moyens dépasse le financement des nouvelles mesures. Les associations médico-sociales sont elles-mêmes appelées à porter une partie de la transformation alors que leurs marges se réduisent.

L’Uniopss pointe notamment le gel prudentiel de 215 millions d’euros pesant sur les politiques de l’autonomie. « On ne peut pas demander aux associations d’innover pour transformer les politiques publiques, tout en leur retirant les moyens de le faire », avertit-elle.

Les effectifs d’élèves handicapés scolarisés, le nombre d’AESH et les crédits ont fortement progressé depuis 2017. Mais ces chiffres ne disent ni le temps réellement passé en classe, ni la disponibilité d’un accompagnement adapté, ni les ruptures encore vécues par les familles.

La crédibilité de cette dernière feuille de route se jouera donc moins sur le nombre de mesures annoncées que sur leur traduction concrète dans les écoles et les services.