En salles ce 2 septembre, « La Frappe », premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, suit un frère et une sœur confrontés au retour de leur père après sa sortie de prison. Le réalisateur y explore l’attachement à un parent agresseur, le silence et les fractures laissées par l’inceste au sein d’une famille.

Enzo a 19 ans, Carla 20. Livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années, le frère et la sœur voient leur père, Anthony, revenir dans leur vie après sa sortie de prison. Enzo espère encore retrouver une famille. Carla refuse son retour. Peu à peu, le jeune homme doit affronter une histoire qu’il a longtemps gardée pour lui.

Pour son premier long métrage, Julien Gaspar-Oliveri puise dans une histoire personnelle, sans pour autant la transposer à l’écran. « Le sujet est très autobiographique. En revanche, le récit ne l’est pas », précise-t-il dans le dossier de presse de « La Frappe ». Le film s’intéresse surtout à ce qui reste après l’inceste : des sentiments contradictoires, des silences et des liens familiaux profondément bouleversés.

« Il a détruit les enfants mais il a détruit le lien entre eux aussi »

Continuer à aimer son père

Enzo sait ce que son père lui a fait. Pourtant, le besoin d’être aimé par lui demeure. « Mon objectif était que l’on comprenne qu’on ne peut pas arrêter d’aimer ses parents », explique Julien Gaspar-Oliveri.

Le réalisateur insiste sur cette difficulté particulière lorsque l’auteur des violences appartient à la famille. « Ce n’est pas n’importe quel agresseur autour de nous », rappelle-t-il. Enzo voudrait encore pouvoir regarder Anthony comme son père « plutôt que de bourreau ».

Carla ne réagit pas de la même manière. Elle refuse qu’Anthony retrouve une place auprès d’eux et cherche à protéger son frère de ce retour. Enzo s’accroche encore à l’idée d’une famille ; Carla, elle, pose une limite.

Une fratrie abîmée

L’inceste pèse aussi sur la relation entre Enzo et Carla. « Il a détruit les enfants mais il a détruit le lien entre eux aussi », souligne Julien Gaspar-Oliveri à propos du père. Le frère et la sœur « souffrent de se voir souffrir l’un l’autre », mais n’affrontent pas ce passé de la même façon. Enzo se rapproche de leur père. Carla s’en éloigne et tente de protéger son frère.

Le réalisateur décrit Carla comme celle qui « pose les limites ». Dans une famille où les figures protectrices ont manqué, elle prend elle-même cette place auprès d’Enzo. « C’est pour lui qu’elle arrive à lutter contre le père », explique-t-il.

Diego Murgia (Enzo) et Bastien Bouillon (Anthony) dans « La Frappe », de Julien Gaspar-Oliveri. © EASY TIGER / AD VITAM
« Je voulais montrer combien le silence abîme »

Un père d’apparence ordinaire

Anthony, le père d’Enzo et Carla, est interprété par Bastien Bouillon. Julien Gaspar-Oliveri ne voulait pas en faire un personnage dont la dangerosité serait immédiatement perceptible.v « Ce n’est pas marqué sur la tête des gens », souligne le réalisateur. Anthony peut se montrer proche de ses enfants, retrouver des gestes de père, susciter de l’affection. Cette apparente normalité aide à comprendre pourquoi Enzo reste attaché à lui malgré les violences subies.

Anthony est en même temps son père et celui qui lui a fait du mal. Enzo peine à dissocier ces deux réalités.

Présenté à la Semaine de la critique à Cannes, « La Frappe » explore avec pudeur l’inceste, l’emprise et les fractures familiales à travers le retour d’un père auprès de ses deux enfants. © EASY TIGER / AD VITAM

Le silence comme trace

« La Frappe » choisit de ne pas montrer les violences sexuelles. Julien Gaspar-Oliveri filme ce qu’elles laissent derrière elles : des corps tendus, des regards, des cris, des silences. Il dit avoir voulu raconter l’inceste « sous la peau », là où le corps devient parfois « plus fort que les mots ».

Le silence est au cœur du film. « Je voulais montrer combien le silence abîme », explique le réalisateur. Carla crie mais ne parvient pas à tout dire. Enzo, lui, parle peu et garde une part de son histoire enfouie. « On fait beaucoup de bruit pour cacher les secrets », résume Julien Gaspar-Oliveri.

Porté par Diego Murgia, Romane Fringeli et Bastien Bouillon, « La Frappe » a été présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2026. Il sort en salles ce 2 septembre.

L’association Colosse aux pieds d’argile, engagée dans la prévention des violences sexuelles sur les mineurs, est partenaire du film.