Trois mois après la nomination de François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, le poste de Défenseur des enfants « n’est pas encore pourvu ». Cinquante-quatre personnalités, dont les cinq anciens Défenseurs des enfants, pressent Sébastien Lecornu d’agir à l'approche du 20 novembre.

Une chaise vide, alors que les réformes de la protection de l’enfance occupent le Parlement. Dans un courrier adressé lundi 26 octobre au Premier ministre Sébastien Lecornu, 54 professionnels de la protection de l’enfance et élus réclament la nomination d’un Défenseur des enfants. L’absence prolongée de titulaire « adresse un message préoccupant », écrivent-elles.

Les cinq anciens Défenseurs des enfants ont signé cet appel : Claire Brisset, Dominique Versini, Marie Derain de Vaucresson, Geneviève Avenard et Éric Delemar.

La responsabilité de Matignon

Le 22 juillet, le président de la République nommait François-Noël Buffet Défenseur des droits, à l’échéance du mandat de Claire Hédon. La désignation de son adjoint chargé des droits de l’enfant revient au Premier ministre, sur proposition du Défenseur des droits, en vertu de la loi organique du 29 mars 2011.

Dans leur lettre à Sébastien Lecornu, les signataires insistent : « Nous nous étonnons d’autant plus de ce délai qui peut s’analyser comme une carence sur un champ aussi essentiel ». L’actualité démontre, poursuivent-ils, « combien il est essentiel de veiller à la défense des droits et libertés des plus jeunes », dans la société comme au sein de « l’Éducation nationale, la santé, la police ou la justice ».

Le décalage politique

Cette vacance intervient alors que le Parlement examine plusieurs réformes concernant directement les droits des enfants. Le projet de loi relatif à leur protection, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 21 juillet 2026, commence son examen en séance publique au Sénat ce mardi 27 octobre. Les débats sont programmés jusqu’au 29 octobre.

La proposition de loi « intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes visant les femmes et les enfants a également franchi une étape : adoptée en première lecture par les députés le 13 octobre 2026, elle a été transmise au Sénat le même jour.

Pour les auteurs de l’appel, ce travail législatif rend d’autant moins compréhensible l’absence de nomination. Le poste reste vacant « dans la période même où le gouvernement entend vouloir renforcer la protection des enfants », écrivent-ils au Premier ministre. « L’absence de désignation à ce poste ne peut être analysée que comme une carence et un désintérêt des pouvoirs publics », dénoncent-ils dans le communiqué accompagnant leur lettre.

Une parole indépendante

« Notre pays a besoin d’une autorité indépendante qui s’attache au respect des droits des enfants et porte leurs voix », écrivent les auteurs au Premier ministre. Ils attendent du futur titulaire « une parole morale et institutionnelle forte, référée à notre droit et nos valeurs ».

Le Défenseur des enfants devra « plus que jamais prendre de la hauteur dans ces temps troublés » et rappeler, « au-delà des appartenances catégorielles et partisanes », que « la jeunesse en général et les enfants en particulier sont une chance, pas une menace pour la société ».

Les droits des plus jeunes à « s’exprimer, manifester, être éduqué, disposer d’un revenu décent » sont en jeu, soulignent les signataires dans leur communiqué. Ils demandent de nommer une personne « choisie et reconnue pour ses connaissances et son expérience professionnelle ».

Avant le 20 novembre

Les 54 personnalités réclament une désignation « dans les plus brefs délais », à l’approche du 37ᵉ anniversaire de l’adoption de la Convention internationale des droits de l’enfant.

« Comment la France pourrait-elle être privée d’un.e titulaire sur cette fonction de référence le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, date anniversaire de l’adoption de la Convention de New York (CIDE) ? », interrogent-ils en conclusion de leur courrier au Premier ministre.



Les 54 signataires :

Jean-Pierre Rosenczveig, magistrat honoraire, président d’Espoir-CFDJ, président d’honneur de Défense des enfants international-France, expert Unicef, ancien président du Bureau international des droits de l’enfant ; Claire Brisset, Défenseure des enfants de 2000 à 2006 ; Dominique Versini, Défenseure des enfants de 2006 à 2011 ; Marie Derain de Vaucresson, Défenseure des enfants de 2011 à 2014 ; Geneviève Avenard, Défenseure des enfants de 2014 à 2020 ; Éric Delemar, Défenseur des enfants de 2020 à 2026 ; Adeline Hazan, présidente du Comité français de l’Unicef ; Daniel Goldberg, président de l’Uniopss ; Anne Devreese, sous-directrice Enfance à Paris, ancienne présidente du Conseil national de la protection de l’enfance ; Didier Tronche, président de la Cnape ; Dominique Attias, avocate, ancienne vice-bâtonnière de Paris ; Laetitia Martin, présidente du Collectif des anciens enfants placés ; Josiane Bigot, magistrate honoraire, présidente d’honneur de la Cnape et de Thémis, rapporteuse Protection de l’enfance au CESE ; Patricia Chalon, présidente d’Enfance Majuscule ; Colette Capdevielle, avocate, députée ; Marion Canales, sénatrice ; Julien Khayat, président de l’OING Eurocef ; Pierre Verdier, avocat au barreau de Paris ; Claude Roméo, directeur départemental honoraire Enfance Famille, ancien conseiller technique auprès des ministres de l’Enfance ; Josine Bitton, avocate au barreau de Bobigny ; Mohamed L’houssni, éducateur spécialisé, directeur de l’association Retis ; Arnaud Gallais, anthropologue, président de Mouv’Enfants, ancien membre de la Ciivise ; Jean-Pierre Massias, professeur de droit à l’université de Bayonne, président de l’Institut Louis Joinet ; Christian Laine, président de l’Infa ; Jean-Louis Cabrespines, président de Ciriec France ; Catherine Dolto, médecin, praticienne en haptonomie ; Philippe Bonfils, avocat, professeur de droit à l’université d’Aix ; Jean-Louis Chinard, trésorier de l’OING Eurocef ; Caroline Siffrein-Blanc, professeure de droit à Aix-Marseille Université ; Gilles Séraphin, professeur des universités à l’université Paris Nanterre, Centre de recherches Éducation et Formation ; Jérôme Leneveu, directeur général de l’Association de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence du Vaucluse ; Samir Cornet, éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse, membre du bureau de DEI-France ; Jean-Luc Viaux, docteur en psychologie, professeur des universités honoraire, président de la Fondation Les Nids ; Flore Capelier, chercheure associée au laboratoire Printemps, CNRS, Saint-Quentin-en-Yvelines ; Étienne Butzbach, président de La Fabrique des communs pédagogiques ; Jacques Trémintin, ancien référent de l’aide sociale à l’enfance et journaliste à Lien Social ; Liliane Huguet, coprésidente de DEI-France ; Sophie Dhenaux, vice-présidente d’Espoir-CFDJ ; Blandine Mallevaey, professeure de droit à Lille ; Alain Cornec, avocat au barreau de Paris, président d’honneur de DEI-France ; Sadek Beloucif, professeur de médecine à l’université Sorbonne Paris Nord ; Laurent Puech, formateur, ancien président de l’Association nationale des assistants de service social ; Christine Lazerges, professeure de droit émérite ; Baptiste Cohen, ancien responsable du pôle Protection de l’enfance d’Apprentis d’Auteuil ; Jean Le Gal, chargé de mission aux droits de l’enfant de la Fédération internationale des mouvements d’École moderne, pédagogie Freinet ; Frédéric Jésu, vice-président d’Espoir-CFDJ ; Jean-Louis Auduc, ancien directeur d’un institut de formation des enseignants ; Katy Lemoigne, coprésidente de la commission Enfances, Familles, Jeunesse de l’Uniopss ; Younes Bernand, juge des enfants à Valence, professeur associé à Lyon III ; Bruno Jarry, directeur, vice-président de l’Institut du virtuel ; Annie Leculée, ancienne directrice de prévention spécialisée ; Bernard Defrance, philosophe ; Gilles Allières, ancien responsable d’un institut de formation en travail social ; Guy Lecalonnec, référent ASE honoraire.