Les apprentissages, l’orientation et l’entrée dans l’emploi des jeunes restent durablement affectés par la crise sanitaire, cinq ans après la pandémie, selon les travaux de l’Ined.

Cinq ans après le début de la pandémie, ses effets sur les jeunes ne relèvent plus de l’urgence mais d’un impact désormais structurel. À l’occasion de la publication des résultats de la chaire Covid-19 et éducation, l’Institut national d’études démographiques (Ined) met en lumière l’ampleur d’un choc de long terme. De l’école primaire à l’entrée sur le marché du travail, la crise a laissé des traces persistantes qui continuent de peser sur les parcours. « Un choc sanitaire inédit a reconfiguré, parfois de manière durable, les trajectoires éducatives et professionnelles des jeunes générations », note l'institut.

À l’école, des pertes durables

Les jeunes scolarisés lors des fermetures d’établissements en portent encore les traces. En Italie, retenue pour l’analyse des parcours pré-bac, « les fermetures d’établissements scolaires et le recours massif à l’enseignement à distance ont entraîné des pertes d’apprentissage significatives », notamment en lecture et en mathématiques. Deux ans après le retour en présentiel, « ces effets ne se sont pas entièrement résorbés ». Les baisses de performance persistent dans le primaire comme dans le secondaire. Les écarts restent marqués selon les territoires et selon le sexe, « les filles apparaissant plus durablement affectées en lecture ».

Le communiqué met aussi en évidence les limites de la continuité pédagogique. « Une part importante des enseignants n’a pas pu mettre en place rapidement des cours en ligne, en particulier dans les établissements les moins structurés sur le plan du pilotage numérique », ce qui a restreint « l’accès des élèves à une continuité pédagogique effective ».

Une orientation sous contrainte

En France, la crise sanitaire a pesé sur les choix d’orientation des lycéens scolarisés en terminale. L’exploitation des données de Parcoursup met en évidence « une recomposition des portefeuilles de vœux », dans un « contexte d’incertitude accrue ». Les filières perçues comme plus structurées et plus sécurisantes, notamment les classes préparatoires, ont attiré davantage de candidatures. À l’inverse, les licences générales et certaines formations professionnalisantes ont reculé. Les filières scientifiques et techniques progressent, traduisant un recentrage vers des parcours jugés plus sûrs, « au prix d’un renforcement des inégalités sociales et de genre dans l’accès aux formations les plus sélectives ».

Université, le décrochage

Les perturbations liées aux confinements et à la fermeture des campus ont eu un effet net sur la poursuite d’études. Après la crise sanitaire, « la probabilité de se réinscrire à l’université l’année suivante recule de près de 4 % ». Un recul massif, « d’une ampleur comparable à une décennie de baisse tendancielle des réinscriptions ». Ce décrochage concerne en priorité les étudiants en première et deuxième année, les hommes, les étudiants étrangers et certaines filières, notamment l’économie-gestion ainsi que les lettres et arts. Les analyses montrent également que « la sévérité des politiques de confinement locales a pesé sur les comportements de poursuite d’études ».

Emploi, un choc amorti

Sur le plan professionnel, la crise sanitaire a provoqué « une baisse temporaire de l’emploi des jeunes sortant de formation entre 2016 et 2017 », principalement des moins de 30 ans. Lors du premier confinement, « la probabilité d’être en emploi recule alors d’environ 3 % ». Cet impact reste « plus limité qu’observé dans d’autres pays », ce qui « suggère un effet amortisseur des politiques publiques françaises de soutien à l’emploi ». Les dispositifs ont permis de contenir le choc, sans l’effacer.

Les effets demeurent toutefois très différenciés. « Les jeunes en contrats courts » et « certains diplômés du secteur tertiaire » ont été les plus exposés aux perturbations économiques, tandis que « les diplômés de la santé ont bénéficié d’une plus grande résilience ». La sortie de crise se dessine ainsi à plusieurs vitesses pour les jeunes générations.