Paris se dote d’une Défenseure des enfants, une première pour une collectivité. Dominique Versini est nommée dans un contexte de recrudescence d’enquêtes pour violences sexuelles dans le périscolaire et promet d’être « la garante de l’intérêt supérieur des enfants ».
Depuis plusieurs mois, les écoles parisiennes sont confrontées à une série d’affaires visant des animateurs du périscolaire. Quinze enquêtes pour agressions sexuelles présumées ont été ouvertes en 2025 dans des maternelles, selon la procureure spécialisée mineurs du parquet de Paris, Lisa-Lou Wipf, qui alertait fin novembre sur « une recrudescence importante du nombre de signalements ». La mairie indique par ailleurs que trente animateurs ont été suspendus en 2025, « dont 16 pour des suspicions de faits à caractère sexuel ».
Face à ces révélations, la Ville a adopté en novembre un plan de lutte contre les violences faites aux enfants et décidé la création d’une Défenseure des enfants, présentée comme « une première en France à l’échelle d’une collectivité locale ». La fonction est conçue comme un recours direct et indépendant pour les enfants et les familles, alors que la libération de la parole entraîne des besoins accrus d’accompagnement, d’écoute et d’orientation.
Une personnalité expérimentée pour un rôle inédit
Pour occuper cette fonction, Anne Hidalgo, maire de Paris, a choisi Dominique Versini. Ex-Défenseure des enfants (2006–2011), ancienne secrétaire d’État chargée de la lutte contre la précarité et l’exclusion et cofondatrice du Samu social de Paris, elle occupait jusqu’ici le poste d’adjointe chargée des droits de l’enfant et de la protection de l’enfance. La Ville rappelle que cette mission est « indépendante de l’administration et de l’exécutif parisien ». Dominique Versini a donc démissionné de ses mandats pour garantir cette indépendance. Elle entre en fonction avec une ligne claire. « Je serai la garante de l’intérêt supérieur des enfants et à l’écoute des familles dont les attentes vis-à-vis de l’administration sont légitimes », affirme-t-elle. Elle dit aussi mesurer la gravité des situations auxquelles certaines familles sont confrontées. « Dans le contexte de hausse de témoignages d’enfants révélant avoir été victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles par des agents de l’administration parisienne, je souhaite aller à la rencontre des familles parisiennes concernées dès ma prise de fonction ». Sa feuille de route repose sur une conviction forte. « Défendre les enfants, c’est les écouter, les croire, être à leurs côtés quand leurs droits ne sont pas respectés ».
Une mission de recours pour traiter les saisines
La Défenseure devra recevoir les saisines des enfants, de leurs parents ou de toute personne ayant un intérêt légitime. La Ville précise qu’elle « instruira ces saisines, vérifiera l’application des textes de lois et des procédures de la Ville de Paris, et formulera des recommandations à l’attention de l’administration parisienne ». En cas de risque immédiat, la situation sera transmise à la cellule de recueil des informations préoccupantes ou au parquet. La mairie ajoute qu’elle « orientera les saisines vers le Défenseur des droits lorsque cela concernera son champ de compétences et ses moyens d’interventions ». Ce dispositif vise à rendre le parcours plus lisible et à offrir un appui identifiable aux familles.
Pour assurer une présence de proximité, un réseau de 17 délégués sera déployé dans chaque arrondissement. La Ville annonce que « des permanences seront tenues dans toutes les mairies d’arrondissement ». Un lieu d’accueil central ouvrira aussi pour permettre aux enfants « de déposer une parole, un témoignage, ou encore échanger avec des professionnels de l’enfance ».
Un travail de prévention renforcé
La mission comprend également un volet consacré à la promotion des droits de l’enfant. La Ville prévoit d’installer dans chaque arrondissement un binôme de Jeunes Volontaires chargé de sensibiliser les plus jeunes et d’aborder les violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Elle indique aussi que « des modules de formations pour tous les professionnels en contact avec les enfants seront développés », afin d’améliorer le repérage et la réaction face aux situations de maltraitance.
Dominique Versini insiste sur la dimension culturelle du chantier engagé. « Défendre les enfants, c’est éduquer les adultes à respecter les enfants. Défendre les enfants, c’est développer une culture des droits de l’enfant à Paris, Ville amie des enfants ». Elle souligne l’importance de faire évoluer durablement les pratiques professionnelles.
Informer enfants, familles et professionnels
À partir de janvier 2026, une campagne « à hauteur d’enfants » expliquera aux plus jeunes leurs droits et les possibilités de signalement dans les lieux municipaux ou associatifs. Une campagne similaire visera les parents et les professionnels.
Un rapport d’activité sera rendu public chaque année. Les préconisations de la Défenseure pourront l’être « en tant que de besoin ». La mairie précise que dès le début 2026, la Défenseure disposera « d’une équipe de professionnels spécialisés dans la promotion et la défense des droits de l’enfant » et d’une promotion de Jeunes Volontaires « formés pour sensibiliser durant l’année scolaire en cours les enfants à leurs droits ».
Selon la Ville, l’ensemble de ces actions doit « accompagner la libération de la parole » et « mieux repérer les violences à l’encontre des enfants », alors que les signalements se multiplient et que de nombreuses familles réclament un soutien plus accessible.