Après la fermeture de deux crèches à Villejuif, le SNPPE a saisi Matignon. Il réclame une enquête nationale sur People & Baby, le gel de son développement et la fin programmée de son activité de gestionnaire de crèches.
Le SNPPE veut porter le dossier People & Baby à l’échelle nationale. Dans un courrier adressé le 28 juillet 2026 au Premier ministre Sébastien Lecornu, le Syndicat national des professionnel·les de la petite enfance (SNPPE) réclame une mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF). Son objectif : contrôler l’ensemble du groupe, de ses procédures de signalement à ses flux financiers.
Cette saisine intervient après la fermeture de deux crèches People & Baby à Villejuif (Val-de-Marne). Les établissements avaient fait l’objet de signalements portant sur des violences physiques, des propos racistes et des attouchements sexuels présumés sur une enfant de deux ans et demi. Une enquête pénale est ouverte. À ce stade, les faits dénoncés n’ont pas été jugés.
Des alertes restées sans réponse
Une professionnelle affirme avoir alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises. Elle évoque des enfants bousculés, des cris, des humiliations, des blessures insuffisamment prises en charge et des brimades racistes. Selon son témoignage, ces signalements seraient restés sans réponse effective.
« Il aura fallu qu’une enfant de deux ans et demi mette des mots sur ce qu’elle aurait subi pour que les établissements ferment », écrit le SNPPE. « Et si cette enfant n’avait pas parlé ? », interroge le syndicat.
Au-delà des faits signalés, l’organisation demande que l’enquête examine tout le circuit de l’alerte : sa réception par la hiérarchie, son traitement en interne et son éventuelle transmission aux autorités compétentes.
L’« incident isolé » contesté
Le SNPPE rapproche l’affaire de Villejuif d’autres événements survenus dans des établissements du groupe. En mai 2026, People & Baby avait qualifié d’« incident isolé » l’hospitalisation d’une fillette de 21 mois accueillie dans une micro-crèche de l’Oise. L’enfant présentait un taux d’alcoolémie de 2,14 grammes par litre de sang après une journée dans l’établissement. Lors de la révélation publique de l’affaire, l’origine de cette alcoolisation demeurait inexpliquée. « Cette formule ne résiste plus à l’accumulation des faits », estime le SNPPE.
En juin 2022, un bébé de 11 mois est mort dans une micro-crèche People & Baby à Lyon après avoir ingéré un produit caustique. Depuis novembre 2024, le groupe est également visé par une enquête ouverte après une plainte de l’association Anticor concernant de possibles infractions économiques et financières liées à l’utilisation de fonds publics. Ces faits restent présumés.
En 2025, People & Baby avait par ailleurs annoncé un projet de fermeture de 44 crèches considérées comme structurellement déficitaires ou durablement en difficulté. Le groupe, passé en avril 2025 sous le contrôle du fonds d’investissement Alcentra dans le cadre de sa restructuration financière, avait invoqué la nécessité d’assurer sa pérennité.
Depuis le drame de Lyon, le SNPPE affirme avoir recensé dans la presse au moins 24 affaires distinctes concernant 25 établissements appartenant à People & Baby, Babilou, Les Petits Chaperons Rouges et La Maison Bleue. Ce décompte ne porte que sur les situations rendues publiques et concerne donc plusieurs groupes privés. Le syndicat reconnaît que les dysfonctionnements dépassent People & Baby. Il estime cependant que la répétition et la gravité des affaires concernant ce groupe, ainsi que les interrogations sur le traitement des alertes, imposent une réponse particulière.
Contrôler tout le groupe
Par l’intermédiaire de son conseil, Me Vincent Brengarth, le SNPPE demande au Premier ministre de diligenter une mission nationale conjointe de l’IGAS et de l’IGF.
Le contrôle ne porterait pas seulement sur les crèches concernées par des signalements. Le syndicat souhaite qu’il couvre le siège de People & Baby, ses directions régionales, ses procédures de signalement, ses politiques de recrutement et de remplacement, son organisation économique et ses flux financiers.
« Ce qui manque n’est plus le droit. C’est la décision politique d’agir », affirme le SNPPE. Il rappelle que des pouvoirs de contrôle à l’échelle d’un groupe ont déjà été mobilisés pour La Maison Bleue et demande qu’ils le soient à présent pour People & Baby.
Un moratoire immédiat
Dans l’attente des conclusions de la mission, le SNPPE réclame un moratoire sur toute nouvelle autorisation, reprise d’établissement, délégation de service public ou réservation de berceaux au bénéfice de People & Baby.
Le syndicat demande également le réexamen de toutes les autorisations détenues par les établissements du groupe. Lorsque la santé, la sécurité ou le bien-être des enfants ne sont pas garantis, il souhaite que les autorités puissent prononcer une administration provisoire, une suspension ou une fermeture.
La dernière revendication va plus loin. Le SNPPE demande l’« extinction programmée » de l’activité de People & Baby comme gestionnaire de crèches. Cette sortie progressive passerait par le non-renouvellement des délégations de service public et le transfert organisé des établissements vers des gestionnaires publics, associatifs ou présentant, selon le syndicat, des garanties suffisantes.
Maintenir les emplois et les places
Le SNPPE refuse toutefois que les professionnel·les et les familles supportent les conséquences des mesures réclamées. Il demande qu’aucun retrait d’autorisation ou transfert d’établissement ne provoque de licenciements ou de disparition brutale des places d’accueil.
Le syndicat exige le maintien des contrats de travail, des rémunérations et de l’ancienneté, ainsi que la reprise des équipes lorsque les conditions légales sont réunies. Il réclame aussi des solutions immédiates pour les familles et une protection effective des professionnel·les qui signalent des faits.
« Les salarié·es ne doivent pas devenir les fusibles d’un système qu’elles et ils subissent autant que les enfants », insiste le SNPPE.
L’organisation annonce qu’elle saisira systématiquement le président du conseil départemental, le préfet et la caisse d’allocations familiales pour chaque situation grave portée à sa connaissance. Elle prévoit également d’accompagner juridiquement les professionnel·les qui donnent l’alerte et d’agir contre d’éventuelles mesures de rétorsion.
« Les professionnel·les qui parlent ne provoquent pas les scandales : elles et ils empêchent qu’ils deviennent des drames », conclut le syndicat. Pour le SNPPE, « People & Baby ne présente plus les garanties nécessaires pour continuer à gérer des crèches ».