Alors que Stéphanie Rist, ministre de la Santé et des Familles, envisage de rendre obligatoire le signalement des enfants en danger par les médecins, Laurent Puech et Christophe Daadouch appellent à la prudence. Pour eux, le droit permet déjà d'agir ; l'urgence est plutôt de former, d'accompagner et de sécuriser les professionnels.

Laurent Puech, assistant de service social, est formateur sur le secret professionnel et le partage d'informations. Ancien intervenant social en gendarmerie auprès de personnes vivant des violences intrafamiliales, il a présidé l'Association nationale des assistants de service social (ANAS) et fondé secretpro.fr en 2014. Christophe Daadouch, docteur en droit, forme depuis plus de vingt ans les professionnels du social et du médico-social au secret professionnel, à la protection de l'enfance et au droit pénal des mineurs. Il a coécrit « La protection de l'enfance. Un droit en mouvement » (Berger-Levrault, 2023). Ensemble, ils ont signé « Le partage d'informations sociales – Entre droit et éthique » (Presses de l'EHESP, 2023). Ils écrivent tous deux sur secretpro.fr, seul site entièrement consacré au secret professionnel dans le travail social et médico-social.

À lire — « Secret professionnel et signalement : à l'ombre de l'émotion, les erreurs de raisonnement se multiplient », l'article que Laurent Puech et Christophe Daadouch ont écrit le 30 juin 2026 avec Véronique Logeais et Antoine Guillet, les deux autres membres de l'équipe de secretpro.fr. Cette interview en prolonge les arguments : effet d'engorgement, faux positifs, familles qui cessent de consulter, professionnels qui préfèrent ne plus voir.


La ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist, souhaite rendre obligatoire le signalement des enfants en danger par les médecins. Pourquoi cette évolution vous paraît-elle risquée ?

Laurent Puech. Les professionnels de santé peuvent déjà signaler une situation : le cadre légal les y autorise, sans les y obliger. Il existe aussi la non-assistance à personne en péril, qui impose d'agir lorsqu'un danger est identifié ; souvent, cela passe par un signalement. Les médecins disposent donc déjà d'une marge d'action face à un enfant en danger. En théorie, ils ne sont pas en insécurité juridique. On cite souvent l'affaire Izard [NDLR : en 2014, la pédiatre Eugénie Izard avait été sanctionnée par l'Ordre des médecins après un signalement d'une situation de maltraitance, une décision ensuite annulée], mais elle reste exceptionnelle.

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