En repoussant de 14 à 18 ans l’âge d’ouverture de la majoration des allocations familiales, le décret du 27 février 2026 réduit fortement le nombre de bénéficiaires. L’Unaf dénonce une quasi-disparition du dispositif et saisit le Conseil d’État.

Le décret modifie en profondeur les conditions d’accès à la majoration des allocations familiales. Jusqu’ici versée à partir de 14 ans pour tenir compte du coût d’un adolescent, elle n’est désormais ouverte qu’à partir de 18 ans. Elle ne s’applique donc plus que sur une période très limitée, entre 18 et 20 ans, et selon des modalités qui en restreignent fortement l’accès. Pour l’Union nationale des associations familiales (Unaf), ce changement revient à vider le dispositif de sa portée. Elle alerte sur une mesure qui « conduit, à compter du 1er mars 2026, à la quasi-suppression de cette majoration et de lourdes pertes pour les familles ».

Des familles exclues

Le nouveau seuil ne correspond pas aux réalités des fratries. L’Unaf rappelle que « l’écart d’âge moyen entre le premier enfant et le second est de 3 ans, et l’écart d’âge moyen entre le second et le troisième est de 4 ans ». Dans ces conditions, les situations permettant d’ouvrir droit à la majoration deviennent rares. « La plupart des familles vont entièrement perdre le bénéfice de cette majoration », souligne l’organisation.

Les effets sont concrets. Une famille de quatre enfants avec deux aînés de 17 et 15 ans et deux plus jeunes de 12 et 9 ans continuera à percevoir la majoration pour les aînés. Mais elle « perdra 10 800 € pour les deux derniers qui n’ouvriront jamais droit à la majoration à 18 ans ». Autre cas, une famille de deux enfants âgés de 16 et 13 ans ne percevra « 0 € de majoration, même lorsque les enfants auront 18 ans », soit une perte de 3 600 €. Derrière ces situations individuelles, l’impact budgétaire est massif. L’Unaf chiffre l’économie à 1,28 milliard d’euros. Le coût de la prestation passerait de 1,6 milliard à 300 millions.

Un droit contesté

Au-delà des montants, l’Unaf estime que le passage de 14 à 18 ans revient à priver la majorité des familles de cette majoration. « Cela équivaut à sa quasi-suppression, pour ne pas dire sa suppression pure et simple pour la plupart des familles », alerte l’association. Elle rappelle un principe juridique : le pouvoir réglementaire ne peut pas modifier l’esprit d’une loi. Or, en décalant l’âge d’accès à la majoration prévue à l’article L521-3 du code de la Sécurité sociale, la réforme en bouleverse l’équilibre. L’Unaf dénonce ainsi « une mesure réglementaire qui vide de sa substance une prestation instituée par la loi ».

L’association a saisi le Conseil d’État d’un recours en annulation, contre un texte qu’elle juge « à la fois disproportionné et profondément injuste ».