Guetteurs, voleurs, revendeurs : de nombreux mineurs exploités par des réseaux sont des victimes de traite. Associations et institutions dénoncent une justice qui les poursuit comme des délinquants au lieu de les protéger.

Le ton monte dans le bureau de la docteure Emmanuelle Peyret, pédopsychiatre addictologue. Zinedine négocie sa dose, la praticienne tient bon. « Arrête, tu n’es pas en manque avec tes trois comprimés », lui lance-t-elle. Puis la voix se radoucit. « Je sais que tu peux faire des choses. Je sais que tu es intelligent. Ça fait deux ans que tu n’as pas fait de garde à vue et tu as presque fini tes TIG. »

Zinedine a 13 ans quand il quitte seul l’Algérie. À Paris, des réseaux de trafic d’objets de valeur l’utilisent pour commettre des délits, et la justice le condamne à des travaux d’intérêt général. Aujourd’hui âgé de 19 ans, il fume toujours du cannabis et détourne du Rivotril, un antiépileptique surnommé « la drogue du pauvre ». « C’est ma dernière année », souffle-t-il. Tout juste majeur, il devra bientôt quitter l’aide sociale à l’enfance (ASE).

La scène, extraite d’un podcast de Mediapart, ouvre la table ronde consacrée aux mineurs victimes de traite, lors de la journée organisée, le 20 octobre, par la Miprof et le barreau de Paris. « Environ un quart des victimes de traite et d’exploitation en France sont des mineurs », rappelle Cécile Riou, secrétaire générale adjointe de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

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