Le gouvernement annonce 2,6 milliards d’euros pour la protection de l’enfance. La CNAPE veut désormais savoir quelle part de cette enveloppe correspond réellement à de nouveaux crédits.
L’annonce est importante. Mais pour la CNAPE, le plus important reste à venir. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 15 septembre, le Premier ministre annonce 1,5 milliard d’euros dès 2027 pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Il chiffre aussi à 2,6 milliards d’euros les dépenses prévues pour la protection de l’enfance.
La fédération des associations de protection de l’enfant prend acte. Elle parle d’une annonce « doublement inédite », mais se montre prudente sur le contenu de cette enveloppe.
D’après son analyse, une grande partie de ces 2,6 milliards correspondrait à des dépenses que l’État finance déjà. Justice, police, santé : plusieurs secteurs sont concernés. Les services du Premier ministre expliquent d’ailleurs que le chiffre sert à « souligner ce que l'État investit déjà dans cette politique publique ».
Pour la CNAPE, il faut donc distinguer les sommes déjà engagées des nouveaux moyens. Car protéger les enfants ne passe pas uniquement par la lutte contre les violences. « La lutte contre les violences faites aux enfants ne peut se confondre avec la protection de l’enfance dans son ensemble », rappelle la fédération.
Les moyens ne suivent pas
Derrière les annonces budgétaires, les difficultés restent très concrètes. Des places manquent. Des professionnels aussi. La CNAPE insiste sur ce point. « S’il faut recruter des policiers et des juges, il faut également recruter des travailleurs sociaux, et les former convenablement », souligne-t-elle.
Les dépenses des départements donnent une idée de l’ampleur des besoins. En 2024, ils ont consacré 11,7 milliards d’euros à l’aide sociale à l’enfance, soit 6,7 % de plus en un an. Le nombre d’enfants concernés continue lui aussi d’augmenter. Plus de 400 000 bénéficient aujourd’hui d’une mesure de protection de l’enfance. Ils étaient environ 100 000 de moins il y a quinze ans.
Sur le terrain, certaines mesures restent pourtant inexécutées faute de places ou de professionnels. La fédération alerte aussi sur les conditions d’accueil, notamment lorsque les effectifs ne permettent pas un encadrement suffisant.
L’argent au cœur des débats
La CNAPE compte maintenant regarder de près les prochains textes budgétaires. Le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 seront particulièrement scrutés. Elle veut notamment connaître « la part des crédits véritablement nouveaux ». Elle entend également suivre leur répartition et la mise en œuvre de la « trajectoire pluriannuelle » annoncée par le gouvernement.
Pour éviter toute confusion, la CNAPE réclame une ventilation publique des crédits. Elle veut pouvoir voir clairement ce qui relève des dépenses déjà existantes et ce qui constitue un effort supplémentaire.
Une exigence résumée par Didier Tronche, président de la CNAPE, qui demande au gouvernement de faire preuve de « sincérité sur ces annonces au bénéfice de la protection de l’enfance qui, dans son intégralité, en a grandement besoin ».