Présenté le 25 mars en Conseil des ministres, le projet de loi « Ripost » entend pénaliser l’usage de protoxyde d’azote. Face à un phénomène en forte progression chez les jeunes, la Fédération Addiction alerte sur une réponse répressive qui risque d’aggraver les situations plutôt que de les prévenir.
De plus en plus présent dans les pratiques festives des adolescents et des jeunes adultes, le protoxyde d’azote s’est installé en quelques années comme un produit facilement accessible et banalisé. Vendu en supermarché ou sur Internet pour un usage alimentaire, comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly, ou utilisé en médecine pour ses propriétés antidouleur, il est inhalé à l’aide de ballons, souvent dans des logiques d’expérimentation. Mais ces usages ne sont pas sans risques pour la santé.
Un durcissement pénal
Présenté le 25 mars en Conseil des ministres par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, le projet de loi « Ripost » - Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens - entend durcir la réponse pénale. Il prévoit notamment de faire de l’usage un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. La conduite sous l’emprise de protoxyde d’azote serait sanctionnée plus lourdement, avec des peines pouvant aller jusqu à trois ans d’emprisonnement et 9 000 euros d’amende.
« La prévention constitue un facteur déterminant dans l’évolution des comportements des jeunes »
Une réponse contestée
« Ce projet de loi transforme les usagers en délinquants », critique, dans un communiqué, la Fédération Addiction qui fédère 850 établissements et services de santé et 500 professionnels de santé. L'assocation estime que cette orientation ne permettra « ni de réduire les consommations ni de prévenir les risques ».
Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction, met en garde :« On n’empêchera pas les jeunes de consommer en les menaçant d’amendes ou de peines de prison. » Et d'ajouter : « En revanche, on prend le risque de les éloigner du soin et de voir se multiplier des situations graves. »
Une autre stratégie
« La réponse doit reposer sur la confiance, la prévention et l’accompagnement », affirme la Fédération Addiction. L’organisation défend une stratégie de santé publique et insiste sur la nécessité de renforcer les actions de prévention et d’aller-vers, au plus près des jeunes.
Elle met l’accent sur l’amélioration de l’information, une meilleure compréhension des usages et la construction de réponses adaptées. Elle plaide aussi pour soutenir les interventions de proximité et encadrer davantage la distribution du protoxyde d’azote. « La prévention constitue un facteur déterminant dans l’évolution des comportements des jeunes », souligne la Fédération Addiction, qui estime ces leviers encore insuffisamment mobilisés.
Pour les professionnels, l’enjeu est de maintenir le lien avec les jeunes, comprendre les pratiques et intervenir tôt. À l’inverse, la pénalisation risque de rendre les usages moins visibles sans les faire reculer.
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