La loi contre les dĂ©rives sectaires a Ă©tĂ© publiĂ©e le 10 mai au Journal officiel. Le texte renforce notamment la protection des mineurs victimes de dĂ©rives sectaires.

Le texte consacre « les pouvoirs et le rôle » de la mission interministérielle chargée de la mise en œuvre de la politique de prévention et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), créée en 2002.

La loi crée un nouveau délit de placement ou de maintien d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique. Elle instaure également un délit de provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins et un délit à l’adoption de pratiques risquées pour la santé (exposant à un risque immédiat de mort ou de blessures graves), punis d’un an de prison et de 30 000 euros d’amende, voire plus.

Les mineurs, « des cibles privilégiées »

En France, 140 000 personnes dont 60 000 à 80 000 enfants seraient touchés par l'emprise sectaire.

La nouvelle loi renforce la protection des mineurs victimes de dérives sectaires (notamment articles 7 à 9).

  • Le dĂ©lai de prescription en cas d'abus de faiblesse ou de dĂ©lit de sujĂ©tion sur un enfant est allongĂ©. Il est portĂ© de 6 Ă  10 ans Ă  partir de la majoritĂ© de la victime.
  • Le texte permet Ă©galement Ă  davantage d’associations (mĂŞme non reconnues d’utilitĂ© publique) de se constituer parties civiles. Jusqu'Ă  prĂ©sent, seule l'association UNADFI (Union nationale des associations de dĂ©fense de la famille et des individus victimes de sectes), association reconnue d'utilitĂ© publique, pouvait se constituer partie civile.

Comme le rappelle la Miviludes, « le centre nĂ©vralgique d’une dĂ©rive sectaire Ă©tant l’emprise mentale, les mineurs, en quĂŞte d’eux-mĂŞmes et confiants dans le discours des adultes, sont les cibles privilĂ©giĂ©es. L’enfant permet gĂ©nĂ©ralement d’assurer l’avenir des mouvements sectaires, en effet, formĂ© tout petit dans le discours du groupe, il sera Ă  l’âge adulte un adepte convaincu ; mais il est Ă©galement le vecteur par lequel les adultes vont adhĂ©rer au mouvement, en servant d’appât, d’enjeu ou, en Ă©tant lui-mĂŞme propagandiste du mouvement, cherchant Ă  influencer la sociĂ©tĂ© selon ses prĂ©ceptes et prĂ©sentant de lui une image jeune Â».

La mission interministérielle devra « s'assurer, en lien avec le ministère de l'Éducation nationale et le Conseil supérieur des programmes, d'intégrer la sensibilisation des élèves aux dérives thérapeutiques et sectaires dans les programmes de l'enseignement secondaire ».

Lors de l’examen de l’ensemble de la loi par le Conseil constitutionnel, l'article 2 du texte qui donnait aux conseils locaux et intercommunaux de sĂ©curitĂ© et de prĂ©vention de la dĂ©linquance (CLSPD/CISPD) la possibilitĂ© de traiter Â« des questions relatives Ă  la prĂ©vention des phĂ©nomènes sectaires et Ă  la lutte contre ces phĂ©nomènes Â» a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©, jugĂ© comme Ă©tant un  Â« cavalier lĂ©gislatif Â».

Deux rapports dans un délai d'un an

Le gouvernement devrait remettre au Parlement, dans un délai d'un an à compter de la promulgation de la loi, un rapport sur la mise en œuvre de la présente loi dans le domaine de la santé mentale, ainsi qu'un autre rapport sur l'utilisation des titres professionnels par des personnes exerçant des pratiques de santé non réglementées. « Ce rapport examine l'effet de l'utilisation de ces titres sur les dérives thérapeutiques à caractère sectaire, sur la protection des patients et sur l'intégrité des professions médicales, recense les cas d'usurpation de titre et évalue l'efficacité du cadre législatif dans la prévention de telles pratiques », précise la loi.