La Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) lance quatre appels à projets de recherche dans le cadre de sa programmation scientifique 2026. Les thématiques ciblent des enjeux directement liés aux pratiques éducatives en contexte judiciaire.

La relation éducative à la PJJ

L’appel à projets sur la relation éducative vise le cœur du travail des éducateurs. « Plusieurs travaux se sont intéressés aux effets de ces évolutions sur le métier d’éducateur, sur les pratiques professionnelles et sur la prise en charge des jeunes », indique la DPJJ. « Cet appel à projets propose de placer la focale sur la relation éducative et sur ses variations », selon les contextes d’intervention, les situations des jeunes et les trajectoires des professionnels.

Les recherches restent aujourd’hui concentrées sur certains contextes. « Les rares travaux sur ce sujet ayant essentiellement porté sur la relation entre les jeunes et leurs éducateurs dans les foyers ou en prison », note la DPJJ. Et de poursuivre : « Cet appel à projets vise à prolonger ces analyses et à les étendre à l’accompagnement en milieu ouvert ».

Le périmètre inclut aussi d’autres modalités de prise en charge. L’administration centrale précise que les projets pourront porter sur l’investigation ou le placement, « notamment dans les unités judiciaires à priorité éducative » (UJPE), dans le cadre de la réforme de l’offre de placement. Ces structures correspondent à la transformation des centres éducatifs fermés (CEF) publics et des unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC) vers un modèle unique de prise en charge.

Reste une série de questions sur le fond : « Comment les professionnels parviennent-ils à susciter l'adhésion des jeunes ? Une relation éducative est-elle possible en l'absence d'adhésion ? Quel est l'impact de la contrainte sur la prise en charge médicale ou psychologique », interroge la DPJJ.


Les proches des jeunes suivis au pénal

La DPJJ s’intéresse à la place des proches dans les parcours des jeunes suivis : parents, fratrie, familles recomposées, entourage élargi et adultes de référence sont concernés. Pour les magistrats comme pour les professionnels, comprendre l’environnement familial reste « un élément central pour définir une stratégie éducative ». Les jeunes suivis par la PJJ vivent plus souvent dans des configurations familiales instables : absence d’un parent, séparations, placements, incarcération ou hospitalisation, vie à l’étranger, recompositions familiales ou déménagements fragilisent les repères.


L’appel à projets vise à documenter ces situations dans leur diversité. Il ne se limite pas aux responsables légaux et intègre aussi les « autrui significatifs », les « figures d’attachement » ou encore les « caregivers », tels que les définissent sociologues et psychologues. Au cœur de la démarche : « Quels sont les effets de l’intervention éducative sur les dynamiques familiales ? ». L’enjeu est aussi de comprendre comment les liens avec les proches s’articulent avec l’autorité judiciaire et ce qui favorise ou complique la coopération avec les familles.


Le rapport des jeunes aux armes

Troisième appel à projets, le rapport aux armes. La direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) part d’un constat de terrain : « les jeunes seraient de plus en plus nombreux à porter des armes et font état d'une fascination croissante d'une partie d'entre eux pour ces objets ».

Un rapport parlementaire de 2024 indique que 20 % des mis en cause pour port d’arme sont mineurs, soit environ 3 000 jeunes par an. Entre mars et juin 2025, 6 257 fouilles de sacs aux abords des établissements scolaires ont permis la saisie de 364 armes blanches. Sur un an, les signalements liés à l’usage d’armes blanches en milieu scolaire ont augmenté de 15 %.

La DPJJ pointe un manque de travaux scientifiques : « si les armes constituent un sujet de préoccupation dans le champ médiatique, politique, éducatif ou encore judiciaire, elles ont peu été étudiées par les chercheurs ».

L’appel à projets vise à documenter les représentations, les expositions et les usages. « quelle image les jeunes ont-ils des armes ? Les représentations varient-elles selon le type d’arme (armes à feu, armes blanches) ? Quels jeunes en portent et dans quels contextes ? Quelles motivations ? Observe-t-on des différences selon l’âge, le genre ou les territoires ? » Deux axes ciblent les jeunes suivis par la PJJ : l’analyse des situations impliquant le port ou l’usage d’une arme et l’étude des liens avec les trajectoires de délinquance. Il s’agit aussi d’examiner concrètement comment cette question est considérée dans le travail éducatif des professionnels.


L’insertion des jeunes suivis par la PJJ

Les données disponibles confirment un décrochage massif des jeunes suivis par la PJJ. Selon l’étude nationale sur la santé des jeunes suivis de l’Observatoire régional de santé Ile-de-France, seuls 37,6 % sont scolarisés. La rupture s’accentue avec l’âge : 86 % des 13-15 ans sont encore à l’école, contre 44 % des 16-17 ans et 21,2 % des jeunes majeurs. À titre de comparaison, la déscolarisation concerne 2,8 % des 14-17 ans dans la population générale. En centre éducatif fermé, elle atteint 66 %. Même parmi les jeunes scolarisés, le décrochage, l’absentéisme et les difficultés disciplinaires sont fréquents.

Sur le versant de l’insertion, 14,8 % des jeunes sont en emploi, apprentissage ou alternance, et 9,4 % engagés dans un parcours d’insertion ou de formation. À l’inverse, 38,2 % sont « ni en emploi, ni en études, ni en formation » (NEET), avec une progression marquée avec l’âge. La DPJJ souligne que ces jeunes sont souvent « déscolarisés, décrocheurs et/ou en difficulté scolaire au moment de leur prise en charge ».

La circulaire de politique pénale et éducative du 11 février 2026 indique vouloir « faire de la réinsertion par l’éducation l’objectif central de la justice des mineurs » et prévoit le renforcement des professeurs techniques dans les unités judiciaires à priorité éducative (UJPE).

L’appel à projets entend analyser les parcours d’insertion et les dispositifs existants, ainsi que leur articulation. Il s’agit d’identifier les « leviers et obstacles à l’insertion scolaire et professionnelle des jeunes faisant l’objet d’un suivi pénal », en tenant compte à la fois de leurs trajectoires, de leur rapport à la scolarité, à l’emploi et à l’avenir, et de l’action éducative déployée pour les accompagner. L’objectif reste de mieux comprendre « le lien entre le parcours pénal, la scolarité et l’insertion professionnelle », dans un champ encore peu exploré par la recherche.

Candidatures jusqu’au 3 juillet 2026

Les équipes de recherche, laboratoires et chercheurs ont jusqu’au 3 juillet 2026 pour déposer leur dossier.