Tentatives de baisers ou de caresses, regards volés aux toilettes… Du CE2 au CM2, 34 % des écoliers déclarent au moins une forme de violence sexuelle subie à l’école au cours de l’année.

Dans une classe de CE2 de 25 élèves, une dizaine d’enfants rapportent des violences sexuelles subies à l’école en 2024-2025. D’après l’enquête nationale de climat scolaire et de victimation publiée ce mardi 27 octobre par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, la proportion atteint 42 % en CE2.

Pour la première fois, les CE2 font partie, avec les CM1 et les CM2, des 11 200 écoliers du public et du privé sous contrat interrogés au printemps 2025 sur les violences subies à l’école ou sur le chemin. « Les plus jeunes élèves sont les plus souvent victimes de violences à l’école », constate la Depp.

« Ce chiffre est un électrochoc et doit provoquer une prise de conscience collective », réagit Sarah El Haïry, la haute-commissaire à l’Enfance. « Il doit surtout être un accélérateur d’action », insiste-t-elle dans un communiqué.

Les CE2 plus exposés

Dans leur école, 22 % des enfants indiquent que quelqu’un a essayé de les embrasser, de les toucher ou de les caresser sans leur accord, un comportement « susceptible de relever de violences sexuelles », selon la Depp. Autant ont été gênés aux toilettes par une personne qui les regardait ou cherchait à les regarder. En CE2, ces proportions s’élèvent à 29 % et 28 %. Un camarade a aussi retiré, ou tenté de retirer, les vêtements de 10 % des écoliers.

Filles et garçons sont concernés dans les mêmes proportions. L’enquête ne précise pas qui sont les auteurs : la question sur les baisers et les caresses, formulée avec un « on », ne distingue pas un camarade d’un adulte.

Coups, insultes, mises à l’écart

Sur les 19 atteintes recensées, 83 % des écoliers en ont subi au moins une dans l’année, et 36 % au moins l’une d’elles souvent. La mise à l’écart arrive en tête avec 48 %, devant les insultes et moqueries (43 %), les bousculades volontaires (38 %), les surnoms désagréables et les bagarres (37 % chacun).

Les filles sont plus souvent mises à l’écart que les garçons, à 53 % contre 43 %. Ces derniers reçoivent davantage de coups, 35 % contre 21 %. Chez les CE2, 45 % des enfants ont été volontairement bousculés et 35 % frappés, contre 32 % et 23 % en CM2.

Les moqueries ou insultes liées au genre visent 9 % des filles et 4 % des garçons. « Dans le second degré, ces violences sexistes s’amplifient », prévient la Depp.

En ligne

Près de 2 écoliers sur 10 (19 %) ont subi une cyberviolence, sous forme de messages désagréables (16 %) ou de diffusion de contenus les concernant sans leur consentement (7 %). Les détenteurs d’un portable reçoivent deux fois plus souvent ces messages, 24 % contre 11 %. Les CE2, moins équipés que les CM2 (32 % contre 55 %), sont autant exposés que leurs aînés.

Une parole rare

Seules 37 % des victimes se sont confiées à quelqu’un, d’abord à leurs parents (60 %), puis à leur enseignant (54 %) ou à leurs copains (41 %). Internet et les lignes d’écoute comme le 119 ou le 3018 n’ont été sollicités que par 2 % d’entre elles. Parmi les autres, 56 % jugent que « ce n’était pas si grave », 24 % qu’en parler n’aurait rien changé, et 15 % se sont tues par peur.

Les parents se sont tournés vers la police ou la gendarmerie dans 4 % des cas, et 20 % des victimes ont consulté un médecin, un infirmier, un assistant social ou un psychologue.

Les plus exposés

« La plus grande différence observée est le sentiment de peur à l’école », relève la Depp à propos des enfants victimes de violences multiples et répétées. Chez les 4 % d’écoliers régulièrement visés par plus de 6 atteintes distinctes, 39 % ont souvent ou très souvent peur dans l’établissement ou sur le trajet, contre 1 % de ceux qui n’ont rien subi.

Un questionnaire annuel

En application du décret du 14 octobre 2026, les écoles, collèges et lycées publics et privés sous contrat proposeront chaque année à leurs élèves, de la grande section de maternelle à la terminale, un questionnaire de repérage des violences sexistes et sexuelles, à partir du 2 novembre. La participation reste facultative, anonyme ou nominative. Toute réponse nominative laissant entrevoir des violences débouchera sur un entretien individuel.

« Les résultats risquent d’être sismiques, car le phénomène est massif », avait prévenu Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, en annonçant la mesure le 24 août. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) soutient la démarche, mais réclame des garanties pour accompagner les enfants qui parleront.

Une « chaîne de protection »

« Ces drames nous obligent », écrit Sarah El Haïry. « En juillet dernier, j’ai remis au Premier ministre 20 décisions prioritaires pour construire une véritable chaîne de protection des enfants », rappelle la haute-commissaire. Ces mesures portent notamment sur la formation des enseignants, le contrôle des antécédents des adultes au contact des mineurs, le repérage précoce des violences et l’accompagnement des victimes.

« L’école doit être un lieu de confiance, de sécurité et d’épanouissement », plaide-t-elle. « La protection de nos enfants est un impératif et doit devenir la priorité de tous les Français », conclut-elle.