Face aux difficultés de prise en charge de la santé mentale des élèves, les recrutements d’infirmières scolaires sont jugés insuffisants. Le gouvernement défend les moyens engagés, sans chiffrer les créations de postes prévues en 2027.

Lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat, le 20 octobre, Nathalie Delattre, sénatrice RDSE de la Gironde, réclame un plan pluriannuel de recrutement et de revalorisation des infirmières scolaires, y compris dans le premier degré. « Un lycéen sur cinq déclare avoir eu des pensées suicidaires l’an dernier : ce chiffre nous oblige collectivement », alerte-t-elle.

La sénatrice évoque 7 800 infirmières scolaires pour près de 12 millions d’élèves. Certaines suivent jusqu’à 30 écoles en plus de leur collège et réalisent jusqu’à 25 consultations par jour. Aux 100 équivalents temps plein (ETP) supplémentaires mis en avant pour 2026, elle oppose un besoin de 15 000 professionnels d’ici à cinq ans. « Vos recrutements sont très loin des besoins », dénonce l'élue. Et de dénoncer : « Les jeunes ne sont pas une variable d’ajustement. »

« Repérer ne suffit pas ; encore faut-il soigner rapidement »

Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels et de l’apprentissage, répond au nom d’Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale. Elle situe les 7 800 infirmières en 2022 et fait état de plus de 8 100 professionnelles en 2025. Elle mentionne également 527 postes ouverts au concours en 2026. « Le budget 2027 prévoit de nouvelles créations », ajoute-t-elle, sans en préciser le nombre. La ministre souligne aussi une revalorisation moyenne de 22 % de la rémunération nette entre 2020 et 2025. Le gouvernement souhaite « aller beaucoup plus loin en valorisant la pratique avancée infirmière et en améliorant la formation et les conditions d’exercice », assure-t-elle.

« Repérer ne suffit pas ; encore faut-il soigner rapidement », reconnaît Sabrina Roubache. Le dispositif « coupe-file », créé à cette rentrée, permet aux psychologues, infirmiers et médecins de l’Éducation nationale de demander, avec l’accord de la famille, « un rendez-vous prioritaire auprès des structures de soins ». Depuis les Assises de la santé scolaire de mai 2025, chaque école, collège et lycée doit se doter d’un protocole de repérage et d’orientation en santé mentale. Selon la ministre, 88 % des écoles et 65 % des collèges et lycées en disposent désormais.

« Comment faire quand la pédopsychiatrie est saturée ? », demande toutefois Nathalie Delattre. La réponse ministérielle ne précise pas les capacités d’accueil disponibles. « L’intention est là, mais pas les moyens. Alors qu’il faudrait 15 000 infirmières scolaires, nous sommes loin du compte. Il faut accélérer », conclut la sénatrice.