La Haute Autorité de santé engage l’élaboration de recommandations sur l’accompagnement et les soins des mineurs transgenres. Objectif : structurer les parcours et harmoniser les pratiques pour les professionnels.

Saisie en 2021 par le ministère des Solidarités et de la Santé, la Haute Autorité de santé (HAS) a adopté le 25 février 2026 une note de cadrage, mise en ligne le 13 mars 2026. Elle prolonge les recommandations publiées pour les adultes le 18 juillet 2025. L’ambition est de mieux structurer les parcours et de donner des repères aux professionnels. La HAS rappelle que la demande initiale vise à « introduire dans la prise en charge des personnes transgenres, la diversité des parcours et leur dépsychiatrisation effective à la suite des évolutions internationales ». Le calendrier prévoit une revue de la littérature en 2026, puis des travaux avec des groupes d’experts en 2026 et 2027, en vue d’une validation des recommandations attendue au second semestre 2027.

Des données limitées

Premier constat : « la prévalence des mineurs transgenres n’est pas connue en France ». Les données disponibles reposent sur l’Assurance maladie et le programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), qui recense les données hospitalières. En 2020, 294 mineurs sont en affection de longue durée (ALD) pour troubles de l’identité sexuelle, contre 8 en 2013. Les hospitalisations passent de moins de 10 en 2016 à plus de 200 en 2023 et 2024. Ces données doivent être interprétées avec prudence, un même jeune pouvant être compté plusieurs fois. Les travaux cités indiquent une hausse des consultations depuis 2011, avec un âge moyen autour de 13 ans. Il est précisé que « la grande majorité des mineurs concernés sont des adolescents ». Les équipes de pédopsychiatrie sont en première ligne face à cette évolution.

« Le travail d’accompagnement avec les familles et l’environnement social du mineur transgenre est indispensable »

Des situations complexes

La HAS indique que « 63,1 % des mineurs de l’étude présentaient un diagnostic psychiatrique et ou neurodéveloppemental concomitant ». Les troubles dépressifs, anxieux, les troubles du spectre de l’autisme ou les troubles alimentaires sont fréquents. Une méta-analyse mentionne « comportements auto-agressifs (28,2 %), d’idées suicidaires (28 %) et de tentatives de suicide (14,8 %) ».
Ces situations des mineurs s’inscrivent dans des contextes de vulnérabilité sociale. La note mentionne des discriminations, des ruptures familiales, de l’isolement et des situations de déscolarisation, qui peuvent aller jusqu’à des mises à la rue.
Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) souligne « la difficulté pour les mineurs et leurs parents à trouver un professionnel de santé accessible, bienveillant et formé ». Les parcours sont souvent longs et peu continus.

Des parcours à organiser

La prise en charge associe pédopsychiatres, psychologues, endocrinologues, médecins généralistes et travailleurs sociaux. L’accompagnement psychologique est central. Il vise à soutenir le mineur et à prendre en compte les effets sur la santé mentale, la scolarité et les relations. La HAS rappelle que « le travail d’accompagnement avec les familles et l’environnement social du mineur transgenre est indispensable au mieux-être de celui-ci ». Les organisations restent variables selon les territoires, avec des équipes plus ou moins structurées.
Avant la puberté, l’accompagnement est psycho-social. En début de puberté, des bloqueurs peuvent être prescrits pour suspendre le développement des caractères sexuels secondaires. « Leurs effets sont considérés comme réversibles, mais plusieurs auteurs précisent que les données concernant leur efficacité, leurs risques et leurs effets à long terme restent limitées », précise la note de cadrage. En fin de puberté, des traitements hormonaux peuvent être proposés autour de 15 ans. Ils sont « peu documentés » chez les mineurs et peuvent entraîner des effets partiellement irréversibles, notamment sur la fertilité. Les interventions chirurgicales restent limitées.

Un objectif d’harmonisation

La HAS fixe plusieurs priorités : « favoriser une information claire et adaptée », « proposer des traitements et prises en charge adaptés », « éviter l’errance médicale des mineurs dans le parcours de transition et réduire le risque d’automédication » et « harmoniser les pratiques professionnelles ». L’enjeu est de donner des repères communs aux professionnels et de rendre les parcours plus lisibles pour les jeunes et leurs familles.