Un an d'enquête, 51 entretiens, dix établissements visités. Avec « Adolescence emprisonnée, le désastre de la réponse carcérale », l'Observatoire international des prisons (OIP) plaide pour en finir avec l'enfermement des adolescents. Odile Macchi, responsable du pôle Observation et enquêtes, et Pauline Petitot, rédactrice chargée d'enquêtes, racontent la réalité derrière les murs.
Votre rapport qualifie de « désastre » l’incarcération des mineurs de 13 à 17 ans. Le terme est fort. Qu’est-ce qui vous conduit à ce constat ?
Odile Macchi. Nous employons ce terme à dessein. L’incarcération des adolescents repose tout entière sur une promesse : que le temps d’enfermement soit un temps éducatif. Tous les textes qui encadrent leur détention l’affirment très clairement. La mission éducative y est partagée entre tous les professionnels qui interviennent en prison, l’administration pénitentiaire, la PJJ, l’Éducation nationale, évidemment, mais aussi la santé, à travers les actions de promotion de la santé. Ce travail pluridisciplinaire et conjoint doit rester central, et l’enseignement doit occuper la majorité de l’emploi du temps de l’enfant, dans le respect du code de l’éducation et de la scolarité obligatoire.
Sur le terrain, cette promesse n’est absolument pas tenue. Les élèves ont bien moins d’heures de cours qu’à l’extérieur. Les normes elles-mêmes, 12 heures en quartier mineur et 20 heures en EPM, sont déjà inférieures, ce qui pose problème en soi. Et ces 20 heures ne sont jamais atteintes, avec de fortes disparités entre élèves et de grosses lacunes. En dehors des disciplines socles, les services d’enseignement ne parviennent pas à assurer les autres matières.
Nous les comprenons, répondre à des besoins aussi différents relève un peu de la mission impossible. Une classe en détention ne ressemble en rien à une classe ordinaire. Des niveaux très différents s’y côtoient, des élèves en section classique, d’autres en section professionnelle. Les parties pratiques d’un CAP, par exemple, ne peuvent pas se faire en prison. Les obstacles s’accumulent, et la promesse n’est pas tenue. Quand on visite les établissements, on découvre surtout des lieux déserts. Chaque fois qu’on arrive, il se trouve que les ados sont en cellule, alors que les espaces collectifs sont le plus souvent complètement désertés.
Pauline Petitot. Le désastre tient aussi à cette tentative de reproduire de l’éducatif dans un environnement sécuritaire. L’univers carcéral, l’enfermement, les mesures de sécurité, les mesures disciplinaires, la circulation de drogues et de substances illicites, les atteintes à l’intimité, sapent complètement tout véritable travail éducatif, de socialisation, d’intégration.
À cela s’ajoutent les effets psychologiques de la détention, qui majorent des traumatismes déjà existants et en créent de nouveaux. Dans la grande majorité des cas, voire quasiment tous, les professionnels observent des jeunes qui sortent de détention complètement brisés. Des troubles à court, moyen ou long terme, des trajectoires de vie durablement marquées par cette expérience… quand elle ne les a pas tout simplement fait entrer dans le cercle vicieux de la délinquance et de la récidive.
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