Et si la parole d’un enfant se libérait en classe ? Denis Roth-Fichet, secrétaire général de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), soutient le questionnaire de repérage à l’école. À une condition non négociable : chaque révélation doit entraîner une protection immédiate de l’enfant.

Cette tribune, rédigée par l'auteur en son nom propre, exprime ses convictions personnelles d'expert des droits de l’Enfant et n'engage pas formellement l'institution au sein de laquelle il exerce ses fonctions.


Chaque année en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, soit deux à trois élèves par classe. Dans plus de 80 % des cas, ces agressions sont commises au sein du cercle familial ou de l'entourage proche, et l'inceste en représente plus de la moitié. Face à ce drame massif, l'Éducation nationale constitue souvent le premier rempart de la protection de l'enfance.

Alors même que l'École traverse un contexte de crise marqué par le mouvement lycéen, saluons le volontarisme d'Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, qui maintient le cap et déploie un questionnaire annuel de repérage des violences sexistes et sexuelles (VSS) auprès de 10 millions d'élèves, de la grande section au lycée.

« Le pire choix serait le statu quo »

Certes, ce dispositif suscite des inquiétudes légitimes de la part d'enseignants qui craignent de commettre des erreurs ou d'être démunis face à la révélation de traumatismes complexes. Des critiques s'élèvent également quant aux modalités de passation en classe ou aux conditions de confidentialité. Mais le pire choix serait le statu quo. Le perfectionnisme institutionnel ne doit pas devenir l'allié involontaire du déni.

« Chaque questionnaire distribué est une main tendue, chaque parole recueillie est une vie sauvée »

La présence des experts au sein du Comité constitué par le ministère ne saurait valoir caution passive : elle répond à une exigence de rigueur clinique au service de la protection de l'enfance. À ce titre, le questionnaire VSS n'est pas une fin en soi ni une simple collecte d'informations, mais l'amorce obligatoire d'un entretien individuel et confidentiel conduit par un professionnel formé. Ce cadre garantit l'application stricte de la règle de sécurité du « Jour-J » : dès lors qu'un élève révèle des faits d'inceste nominatifs, son retour au foyer familial le soir même doit être proscrit avant toute évaluation sécuritaire. Le chef d'établissement a alors l'obligation d'en aviser immédiatement le procureur de la République (CPP, art. 40) afin de déclencher sans délai les mesures conservatoires de protection.


La protection des élèves exige d'agir dès aujourd'hui avec les outils disponibles, tout en perfectionnant sans relâche le cadre juridique et matériel. Vaincre la résignation est à ce prix : chaque questionnaire distribué est une main tendue, chaque parole recueillie est une vie sauvée.


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