Dans un droit de réponse adressé à Enfance & Jeunesse Infos, Maryse Le Men-Regnier, directrice de la Ciivise, et Denis Roth-Fichet, secrétaire général, réagissent aux critiques formulées par 13 associations contre le bilan de la commission.
À la suite de l’article paru dans Enfance & Jeunesse Infos, relayant les critiques de 13 associations sur notre bilan, la Ciivise souhaite rétablir la réalité de son action, guidée par un seul impératif : le devoir de vérité.
Loin de tout « satisfecit » gouvernemental, le constat que nous portons constitue, au contraire, une mise en demeure.
Il place, en effet, l’exécutif face au « mur des 28 % » d’effectivité réelle : sur les 82 recommandations formulées en 2023, seules 23 sont aujourd’hui totalement opérationnelles.
Pour la Ciivise, ce chiffre est le seul thermomètre qui compte car on ne protège pas un enfant à 28 %. La sécurité d'un mineur est une valeur binaire : soit il est hors de danger, soit il reste exposé.
Si la Ciivise acte que 75 % des mesures sont désormais engagées, c'est par stratégie et honnêteté intellectuelle : ce chiffre prouve que nos solutions sont réalistes et opérationnelles et qu’un gros travail a été effectué par les services de l’État et plusieurs cabinets ministériels. Nier ce résultat, c’est méconnaitre gravement le travail de l’administration…
Mais saluer ce mouvement n'est pas un renoncement, c’est, au contraire, un levier pour exiger que l’État franchisse enfin le dernier kilomètre.
Il est donc paradoxal que des organisations contestent aujourd'hui un outil de mesure dont l’une d’entre elles a pourtant validé la méthodologie lorsqu'elle siégeait au sein de nos instances… Cette polémique minoritaire ne doit pas occulter la confiance de 30 000 victimes et de la majorité des associations qui attendent des actes et non des divisions.
Face à un système judiciaire où seuls 3 % des agresseurs sont condamnés, nous exigeons que la promesse de protection soit gravée dans la Loi : PJL relatif à la protection des enfants et/ou « Loi intégrale » (PPL n° 2169) autour de cinq piliers non négociables :
- L’ordonnance de sûreté de l’enfant (OSE) pour une mise hors de danger en 24 heures.
- Le repérage systématique annuel pour chaque enfant.
- La réparation intégrale des soins spécialisés du psychotraumatisme.
- La fin de l’impunité par l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs.
- Le contrôle strict des antécédents de tous les intervenants au contact de mineurs.
Tirer sur le messager qui dénonce l'inertie du système est une erreur dont nos enfants paieront le prix fort. Notre mission de vérité est une dette envers les victimes ; nous ne la trahirons pas pour des querelles de posture.