L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie la plus vaste étude jamais menée sur la santé mentale des moins de 25 ans. Dépression, anxiété, automutilations, détresse psychologique : depuis le milieu des années 2010, les signaux virent au rouge dans la quasi-totalité des pays étudiés, y compris en France.
Il ne s'agit pas d'une génération fragile qui dramatise. Il s'agit d'une réalité mesurée, documentée, cohérente dans 38 pays de l'OCDE. Depuis dix ans, les données convergent vers une dégradation profonde de la santé mentale des jeunes, dans les consultations, dans les services d'urgence, dans les enquêtes nationales. En France, les hospitalisations pour automutilation chez les filles de 10 à 14 ans ont bondi de 22 % en une seule année. En Suède, 59 % des 16-29 ans déclarent anxiété ou détresse psychologique, niveau record. Au Canada, en Norvège, aux États-Unis, les indicateurs se dégradent nettement depuis le milieu des années 2010, cinq ans avant le Covid-19. 28 des 29 experts cliniciens et décideurs interrogés le confirment : la santé mentale des jeunes a décliné au cours de la dernière décennie. 1 seul ne peut se prononcer. Aucun ne constate d'amélioration.
La tendance précède le Covid
Sur 11 pays disposant de données comparables entre 2012 et 2022, 9 enregistrent une dégradation annuelle de la santé mentale des jeunes allant de 3 % à 16 %. « Les déclins sous-jacents étaient déjà visibles dans de nombreux pays bien avant la pandémie », tranche le rapport. Pendant le Covid, les 18-24 ans français étaient 30 à 80 % plus susceptibles de déclarer anxiété ou dépression que les adultes — un pic, pas une origine. Depuis 2022, les Pays-Bas et les États-Unis amorcent une légère stabilisation. La Suède fait exception dans l'autre sens : 59 % des 16-29 ans y déclaraient anxiété ou détresse en 2024, niveau jamais atteint, avec 18 % en détresse psychologique grave contre 12,8 % en 2020.
« Le pic d'apparition des troubles mentaux se situe à l'adolescence »
Un jeune sur cinq, dès 14 ans et demi
« Le pic d'apparition des troubles mentaux se situe à l'adolescence et au début de l'âge adulte », précise le rapport. L'âge médian d'apparition est estimé à 14,5 ans. 62 % des troubles mentaux débutent avant 25 ans. Environ 1 jeune sur 5 entre 10 et 25 ans vit avec un trouble mental ou neurodéveloppemental, contre 1 sur 6 tous âges confondus. Les troubles anxieux sont fréquents dès l'enfance. Les troubles dépressifs montent en puissance à l'adolescence. Les troubles des conduites alimentaires culminent entre 15 et 19 ans. Les troubles liés aux substances, rares dans l'enfance, culminent entre 20 et 24 ans. La proportion d'adolescents de 15 ans déclarant au moins deux plaintes de santé plus d'une fois par semaine est passée de 37 % en 2014 à 52 % en 2022.

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