Derrière la légère amélioration des indicateurs des modes d’accueil de la petite enfance entre 2017 et 2022, une étude de la Drees révèle une réalité plus fragile : recul des places, chute des assistantes maternelles et creusement des écarts territoriaux, notamment dans les campagnes les plus isolées.
Sur le papier, les indicateurs progressent. Entre 2017 et 2022, le taux de couverture des modes d’accueil formels pour les enfants de moins de 3 ans passe de 58,9 à 60,3 places pour 100 enfants. Une évolution qui pourrait laisser penser à une amélioration de l’offre. Mais derrière cette hausse apparente, la mécanique démographique raconte une autre histoire.
L’accueil en trompe-l’œil
Car dans le même temps, les capacités d’accueil diminuent. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) souligne, dans son étude publiée le 21 mai, que cette progression « traduit une diminution du nombre de places (-46 500, soit -3,4 %) moins forte que celle du nombre d’enfants de moins de 3 ans (-6,6 %) ». L’amélioration des chiffres repose d’abord sur la baisse de la natalité plus que sur un renforcement réel de l’offre.
Cette photographie nationale masque aussi des fractures territoriales de plus en plus visibles. Pour les mesurer, la Drees mobilise pour la première fois un nouvel indicateur d’« accessibilité potentielle localisée » (APL). Son objectif : calculer, pour chaque commune, le nombre de places accessibles à moins de quinze minutes en voiture, en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) ou chez une assistante maternelle.
Le recul des assistantes maternelles
Le principal point de fragilité reste l’accueil individuel. Entre 2017 et 2022, les assistantes maternelles perdent 86 200 places. Une baisse massive qui fragilise particulièrement les territoires ruraux.
La Drees rappelle également que « le nombre d’assistantes maternelles devrait continuer de diminuer ». Les projections du ministère du Travail citées dans l’étude estiment que « 35 % des professionnelles partiront à la retraite à l’horizon 2030 ». Face à cette chute, les EAJE gagnent 58 300 places sur la période. Mais cette progression reste insuffisante pour compenser le recul de l’accueil individuel.
L’étude souligne ainsi que « le fort recul de l’offre des assistantes maternelles n’est que très partiellement compensé par l’augmentation de l’offre des crèches ». Restreinte aux assistantes maternelles et aux EAJE, qui représentent 91 % de l’offre formelle, l’APL moyenne nationale atteint 54,8 places pour 100 enfants en 2022.
Une France fracturée
L’étude met en évidence une géographie très inégale des modes d’accueil. La Drees observe que « le nombre de places accessibles par enfant est nettement plus élevé dans les communes de l’Ouest, dans les Pays de la Loire, en Bretagne et en Normandie ». L’est du pays apparaît également mieux doté, notamment en Bourgogne-Franche-Comté et en Alsace.
À l’inverse, l’APL « est significativement plus faible dans les communes d’Occitanie, de Provence-Alpes-Côte d’Azur et surtout en Corse ». L’Ile-de-France reste également sous la moyenne nationale malgré sa forte densité de population.
Cette carte nationale masque toutefois des réalités très différentes selon les modes d’accueil. Les régions peu dotées en assistantes maternelles figurent souvent parmi les mieux équipées en EAJE. À l’inverse, plusieurs territoires de l’Ouest continuent de reposer principalement sur l’accueil individuel.
Les écarts deviennent encore plus visibles lorsque l’on observe les types de communes. En 2022, l’APL atteint 61 places pour 100 enfants dans les petites villes et 57,6 dans les bourgs ruraux. Dans les communes rurales à habitat très dispersé, elle tombe à 31,1 places.
Dans ces territoires, les EAJE restent très peu présents avec seulement 6,2 places pour 100 enfants, contre 10,7 en moyenne nationale. L’offre repose donc presque exclusivement sur les assistantes maternelles.
Les campagnes décrochent
La Drees souligne que les communes rurales à habitat très dispersé sont « la seule catégorie de commune avec une APL en recul au cours de la période ».
Entre 2017 et 2022, l’APL y baisse de 1 place pour 100 enfants. La contribution négative de l’offre atteint même -3,9 places, portée principalement par le recul des assistantes maternelles.
L’étude souligne aussi que « le recul de l’offre des assistantes maternelles est plus fort » dans ces territoires, tandis que « l’augmentation de l’offre d’EAJE y est plus mesurée que dans l’ensemble des communes ».
À l’inverse, les territoires déjà relativement bien dotés continuent de progresser. Les petites villes gagnent +3,7 places pour 100 enfants et les bourgs ruraux +2,9.
La Drees constate ainsi que « les écarts observés en 2017 se sont creusés en niveau au cours de la période ». Les territoires déjà fragiles restent donc ceux où l’offre continue le plus de se dégrader.
Outre-mer : des trajectoires contrastées
Dans les départements et régions d'outre-mer, l'APL est « nettement inférieure à la moyenne nationale », avec la Guyane comme territoire le plus déficitaire. Les trajectoires divergent fortement. La Réunion enregistre la plus forte progression du pays avec +9,1 places pour 100 enfants, tirée par une contribution positive de l'offre. La Guadeloupe progresse de +3,5 places. En Guyane et à la Martinique, la légère croissance démographique dégrade mécaniquement le ratio et maintient l'APL stable.
Le défi du SPPE
Cette étude constitue aussi l’un des premiers tests grandeur nature du service public de la petite enfance (SPPE). Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les communes sont devenues « autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant », avec pour mission, rappelle la Drees, de « structurer une politique locale répondant aux besoins des familles ».
Mais derrière cette ambition nationale, la nouvelle cartographie élaborée par la Drees révèle des réalités territoriales très inégales. Les territoires les plus fragiles cumulent souvent faible densité d’offre, recul des assistantes maternelles et capacités d’investissement limitées pour développer de nouvelles solutions d’accueil.
L’étude montre ainsi que les zones rurales à habitat très dispersé restent « la seule catégorie de commune avec une APL en recul au cours de la période ». Dans ces territoires, « le recul de l’offre des assistantes maternelles est plus fort » tandis que « l’augmentation de l’offre d’EAJE y est plus mesurée que dans l’ensemble des communes ».
En donnant une vision beaucoup plus fine des difficultés d’accès réelles aux modes d’accueil, l’indicateur APL met surtout en lumière le principal défi du SPPE : réduire des fractures territoriales qui continuent de se renforcer malgré les réformes engagées.
Lire aussi
