Le projet de loi sur la protection des enfants définit les séjours de rupture, mais en limite la durée et interdit ceux à l'étranger. Guillaume Ferron, président de l'association OSER, dénonce un paradoxe : le projet de loi reconnaît ces acteurs, mais en écarte une partie.

Guillaume Ferron est travailleur social, cofondateur du lieu de vie et d'accueil 7 Vies, en Essonne, et président de l'association OSER (Organisateurs de séjours éducatifs de rupture) depuis juin 2024. Créée en 2009, l'association OSER compte entre 50 et 60 adhérents selon les années, des structures déjà autorisées ou déclarées et des porteurs de projets qu'elle accompagne.

Quels sont les profils et les parcours des jeunes concernés aujourd'hui par les séjours de rupture ?

Guillaume Ferron. Les profils sont très variés. Historiquement, les séjours de rupture ont souvent été considérés comme la dernière solution, quand tout a échoué. Ils concernent donc fréquemment des jeunes qui, pour différentes raisons, ont mis à mal les propositions d'accueil qui leur étaient faites.

Ces jeunes sont souvent en grande souffrance. Ils n'ont pas forcément trouvé de réponses adaptées dans les structures qui les accueillaient ou dans les formes d'accompagnement plus classiques. La demande peut survenir parce qu'une partie de la situation échappe aux professionnels. Elle peut aussi répondre à un besoin de protection nécessitant un éloignement important. Parfois, à un moment du placement, le jeune a besoin de souffler, de mettre à distance les difficultés qu'il subit.

Qui prescrit l'orientation d'un jeune vers un séjour de rupture ?

G.F. Les magistrats peuvent placer directement auprès de certaines structures. Des établissements peuvent aussi contractualiser un accueil pour une durée donnée, lorsqu'un projet leur paraît correspondre à la situation d'un jeune. Les travailleurs sociaux de l'aide sociale à l'enfance (ASE) restent nos premiers interlocuteurs. Ils assurent le suivi des parcours et cherchent des orientations susceptibles de mieux convenir à l'enfant, à son histoire et à sa situation du moment.

Sur la plateforme d'OSER, nous recevons environ 800 demandes d'accueil par an, majoritairement de professionnels de l'ASE. Des éducateurs d'établissement et des chefs de service nous sollicitent également lorsqu'ils cherchent une nouvelle solution à proposer pour un jeune qu'ils accueillent. Nous recevons aussi des demandes de parents démunis face à la situation de leur enfant.

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