En 2025, 40 953 disparitions de mineurs ont été signalées en France, soit près de 112 enfants par jour. La hausse atteint 6,4 % en un an, ce qui met fin à la baisse observée depuis 2020, indique ce 25 mai la fondation Droit d'Enfance en charge du 116 000, le numéro d'urgence dédié.
Derrière ces chiffres, trois réalités dominent : les fugues, les disparitions inquiétantes et les enlèvements parentaux. Trois visages d’un même phénomène, qui révèlent à la fois la vulnérabilité de certains enfants et la difficulté persistante à les protéger rapidement.
Les fugues, toujours massives
Les fugues représentent 38 706 signalements, soit 95 % de l’ensemble des disparitions de mineurs. Près de 37,9 % concernent des enfants de moins de 15 ans, une proportion en hausse constante depuis 2020.
Le 116 000 rappelle que ces départs ne doivent jamais être banalisés : « les premières heures sont cruciales pour retrouver un enfant ». Autre rappel essentiel : « aucun délai légal de 24 ou 48 heures n’est requis pour déclarer la disparition d’un mineur en France : elle doit être signalée sans délai ».
Les causes sont diverses : conflit avec les parents, emprise d’un tiers, recherche d’émancipation. Dans tous les cas, le 116 000 insiste sur un point simple : il faut signaler la disparition sans délai. Deux tiers des jeunes sont retrouvés ou rentrent volontairement dans les premiers jours.
Le rapport publié à l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus, ce 25 mai, rappelle aussi une idée reçue encore trop répandue : il n’existe aucun délai légal de 24 ou 48 heures pour déclarer la disparition d’un mineur en France. L’alerte doit être donnée immédiatement.
Une fugue « n'est jamais anodine mais peut au contraire révéler une souffrance profonde, une mise en danger ou l'influence d'un tiers », alerte dans un communiqué la haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry. « Nous devons mieux prévenir, mieux repérer les signaux faibles. »
Des disparitions inquiétantes en hausse
Les disparitions inquiétantes atteignent 1 629 signalements en 2025, contre 1 373 en 2024, soit une hausse de 18,6 %. Pour la première fois, elles concernent majoritairement des mineurs de moins de 15 ans.
Ces situations regroupent des profils très fragiles : emprise d’un tiers, troubles psychiques, idées suicidaires, ou contextes familiaux très dégradés. La qualification de disparition inquiétante vise les cas où « l’intégrité ou la sécurité de l’enfant apparaît menacée ».
La difficulté tient aussi au flou des critères. « Les critères permettant de désigner une disparition comme inquiétante ne sont pas clairement définis », ce qui peut retarder la réponse des autorités alors que le temps joue souvent contre l’enfant.
L’exploitation sexuelle en toile de fond
Le point le plus alarmant concerne l’exploitation sexuelle. Dans 1 dossier sur 3 de disparition concernant des jeunes filles, une situation d’exploitation sexuelle est présumée ou avérée. La fugue est souvent liée à « l’incapacité à solliciter de l’aide, à la honte ressentie face à la situation ou à l’emprise du réseau ou du tiers qui l’exploite ».
Ce contexte entraîne des déplacements géographiques multiples, une défiance envers les enquêteurs et une difficulté à qualifier les faits. Autrement dit, certaines fugues ne sont pas des ruptures simples avec le domicile, mais l’entrée dans un système d’emprise et de violence.
Le retour de l’enfant reste trop souvent mal préparé : « l’accompagnement au retour de la disparition est essentiel et bien souvent insuffisant », faute de structures adaptées et d’interlocuteurs formés. En France, 20 000 mineurs seraient victimes d’exploitation sexuelle selon les associations.
ASE : des fugues au cœur des vulnérabilités
Les enfants confiés à l’ASE restent un point de fragilité. Lorsqu’un mineur fugue d’un établissement ou d’une famille d’accueil, les professionnels doivent signaler sa disparition aux forces de l’ordre. Mais les parents peuvent aussi être concernés par ce signalement, même si ce droit leur est parfois refusé à cause de la situation de leur enfant.
Il est pourtant « essentiel de permettre à ces parents d’être auditionnés pour apporter les informations en leur possession ». Il faut aussi s’assurer qu’ils soient informés du retour de leur enfant, ce qui n’est « malheureusement pas toujours vérifié ».
Cette faille est d’autant plus préoccupante que certains enfants confiés à l’ASE cumulent déjà plusieurs vulnérabilités : ruptures familiales, troubles psychiques, errance et exposition à des réseaux qui exploitent leur fragilité.
Les enlèvements parentaux à la hausse des tensions
Les enlèvements parentaux sont les seuls cas en baisse en 2025, avec 618 signalements, contre 665 en 2024, soit -7,1 %. Mais ce recul doit être nuancé, car de nombreux parents victimes rencontrent encore des difficultés pour faire enregistrer le signalement lorsque l’enlèvement est réalisé par l’autre parent.
Dans 34 % des cas, l’origine est un conflit entre les parents. Et dans près de la moitié des situations, le départ a lieu vers l’étranger, ce qui complique encore les démarches du parent laissé sur place.
Ces affaires donnent souvent lieu à des procédures longues, coûteuses et éprouvantes, sans garantie d’issue rapide. La disparition d’un enfant devient alors aussi une bataille administrative, judiciaire et émotionnelle.
Les MNA toujours invisibles
Les mineurs non accompagnés (MNA) restent largement absents des statistiques, alors qu’ils peuvent eux aussi se trouver dans des situations de disparition inquiétante sans qu’aucun signalement officiel ne soit enregistré.
Le 116 000 les décrit comme « des cibles particulièrement vulnérables pour les réseaux criminels et les proxénètes », tout en rappelant que leur nombre reste « difficile à estimer ». Cette invisibilité statistique nourrit une sous-protection préoccupante.
Une urgence de terrain
Au total, le 116 000 a reçu 49 140 appels en 2025, soit +18,2 %, et ouvert 1 440 dossiers, en hausse de 6,6 %. En 2025, 944 professionnels ont été formés partout en France, dont une majorité de policiers et de gendarmes. L’objectif est clair : mieux repérer les signaux d’alerte, mieux qualifier les situations et mieux orienter les familles dès les premières heures.
Lire aussi
