À quelques jours du 30 avril, journée internationale de la non-violence éducative, un baromètre met en lumière une réalité persistante : 83 % des parents français déclarent des violences verbales ou psychologiques envers leur enfant lors des douze derniers mois.

La Fondation pour l’Enfance déplore que « les violences éducatives ordinaires (VEO) restent profondément banalisées, voire normalisées » à l’occasion de la troisième édition de son baromètre Ifop*, dévoilé ce vendredi 17 avril. Réalisé avec le groupe de recherche Prévéo auprès de plus de 1 000 parents d’enfants de 0 à 17 ans, représentatifs de la population française, il met en évidence une contradiction durable. 7 parents sur 10 déclarent savoir ce que recouvrent les VEO, mais seuls 37% affirment en avoir une compréhension précise. Même informées, les familles continuent de légitimer ces pratiques lorsqu’elles sont perçues comme des outils éducatifs.

Dans le même temps, le droit est clair. La loi du 10 juillet 2019 inscrit dans le Code civil que l’autorité parentale s’exerce « sans violences physiques ou psychologiques ». La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 14 janvier 2026, en écartant l’existence d’un « droit de correction » parental. Pourtant, 69% des parents seulement déclarent connaître cette interdiction.

Des gestes banals, une violence massive

Les pratiques décrites s’inscrivent dans le quotidien. 68 % des parents déclarent avoir déjà « hurlé ou crié après l'enfant ». 30 % reconnaissent avoir donné une tape sur la main, le bras ou la jambe. 22 % disent avoir tapé sur les fesses à mains nues. 19 % évoquent des mots dévalorisants comme « stupide » ou « paresseux ». Au total, 83 % des parents rapportent au moins une violence verbale ou psychologique, et 37 % au moins une violence physique sur l’année écoulée.

Au-delà des pratiques, leur légitimité reste forte. Le baromètre souligne que « 32 % des parents estiment encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, 25 % jugent que la fessée est une méthode efficace pour éduquer un enfant, et 23 % considèrent que les parents qui utilisent des punitions corporelles ont raison de le faire ».

La fessée occupe une place centrale dans ces représentations. Elle reste largement perçue comme une réponse acceptable, bien davantage qu’une gifle. Pour certains, elle s’impose même comme un recours ponctuel. « le seul moyen d'amener leur enfant à bien se comporter ». Pour d’autres, « donner la fessée fait partie de leur rôle de parent ». Son acceptabilité varie selon les situations, notamment lorsque l’enfant est jugé violent, provocant ou désobéissant.

Les violences psychologiques restent peu identifiées. Une part non négligeable des parents estime encore qu’elles peuvent « permettre à l’enfant d’apprendre ce qui est bien ou mal », alors même qu’elles sont moins visibles et plus difficilement reconnues.

Genre, héritage : les ressorts de la violence

Les écarts entre les sexes apparaissent nettement. 25 % des femmes estiment que les enfants ont besoin de punitions corporelles pour bien se comporter, contre 40 % des hommes. 46 % des pères jugent acceptable une punition corporelle lorsqu’un enfant est violent, contre 33 % des mères. Les hommes attribuent plus souvent des effets positifs aux châtiments, là où les femmes en identifient davantage les conséquences négatives. « Le baromètre montre ainsi que la prévention ne peut pas s’adresser aux parents comme à un ensemble homogène : elle doit tenir compte de représentations différenciées de l’autorité, de la sanction et de l’éducation », résume la Fondation pour l’Enfance.

Le poids de l’histoire familiale est tout aussi déterminant. Deux tiers des parents reconnaissent que leur propre éducation influence leur façon d’élever leurs enfants. Cette proportion atteint 79 % chez ceux qui ont eux-mêmes subi des violences éducatives dans leur enfance. La violence reçue devient une référence normative difficile à déconstruire.

Dans ce contexte, 53 % des parents expriment un besoin d’information sur la parentalité, notamment sur le développement de l’enfant, la compréhension de ses comportements et la gestion des émotions. Pour la Fondation pour l’Enfance, mieux comprendre le développement de l’enfant et les séquelles des violences constitue un levier essentiel pour faire reculer durablement ces pratiques.


*L’enquête a été menée par l’Ifop auprès de 1 005 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans, représentatifs de la population française. Ils ont été interrogés en ligne entre le 30 janvier et le 9 février 2026.

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