Le Festival du film social déploie sa 8e édition du 5 au 8 octobre dans 43 villes : 19 films en compétition, 140 projections, 11 jurys et des débats ouverts au public. À l'affiche aussi, quatre courts métrages écrits et tournés par de jeunes protégés de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Pas de coupe. Devant la caméra, des jeunes de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de Bobigny (Seine-Saint-Denis) improvisent leurs scènes d'une traite, chacun aux commandes de son propre film. Ce qu'ils jouent s'inspire de leurs parcours : la rue, la recherche d'emploi, les mauvais choix, la perte. Chaque court métrage a été tourné en une seule journée. Le Festival du film social projette les quatre films cette semaine, en ouverture de huit séances.

Une confidence, puis une caméra

Tout est parti d'une remarque faite à Thierry Pambou, responsable de la circonscription de Bobigny. Un jeune lui a dit que, quand il se rendait à la Mission locale, il avait l'impression que « ASE » était écrit sur son visage. L'équipe a donc voulu travailler sur l'image de soi devant la caméra, et a contacté la réalisatrice Ludmila Donn. Avec le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, elle a d'abord organisé en 2024-2025 des ateliers d'improvisation sur des situations de leur quotidien. Puis elle leur a proposé d'écrire et de réaliser chacun son court métrage. Ils se retrouvaient une fois par semaine, mais ils n'étaient pas toujours là, car ils avaient parfois d'autres soucis en tête. Elle les a accompagnés à chaque étape et leur répétait : « Ce que vous avez vécu, c'est de l'or. »

Faute de budget, chaque film a été tourné en une journée, avec un caméraman et un preneur de son. Tout est improvisé et filmé en plan séquence. Le festival présente l'atelier comme « un véritable outil d'expression et d'émancipation ».


 « Dignité » de Sofiane Ramzi Bacha


« La fin est le début de quelque chose » d’Elias Gonzalez


« Regarde-moi » de Léa Touvy


« Le Dilemme » de Jean-Philippe Fay

Dans le cadre du festival, 8 projections des films sont programmées en ouverture de séance à l’IRTS de Neuilly-sur-Marne les 6, 7 et 8 octobre, ainsi qu’à l’Espace Renaudie d’Aubervilliers, le 7 octobre à 14 h, en présence des jeunes de l’ASE.


Quand le cinéma donne voix au travail social

Créé en 2019 par l’association La 25e Image, le Festival du film social utilise le cinéma pour mettre en lumière les enjeux du travail social : précarité, handicap, exil, enfance, santé mentale ou encore isolement.

Cette année, le festival se déploie dans 65 lieux, 26 départements et 11 régions, avec 12 nouvelles villes participantes. Il accueille pour la première fois la Corse et les Pays de la Loire.

La sélection compte 19 films, dont 5 longs métrages, répartis en six programmes d’une durée de deux heures, au tarif de 5 €. La billetterie est disponible sur HelloAsso.

Un jury présidé par le sociologue Stéphane Beaud décernera le Grand Prix et le Prix spécial du jury. Dix autres jurys remettront chacun un prix.

L’ouverture du festival a eu lieu le 5 octobre à Paris.


Au programme

« Enfants d'hier » (Clara Diet, court métrage de fiction, Belgique, 22 min) : Noah, 21 ans, retourne dans le foyer de protection de la jeunesse où il a été placé adolescent, pour y récupérer des affaires.

Le lieu est chargé de souvenirs douloureux, dont la perte d'une amie, et les jeunes doivent le quitter à 18 ans. Il y rencontre Thaïs, 14 ans, qui occupe son ancienne chambre. Cette rencontre lui donne l'urgence de dire ce qui est resté tu.


« Inadéquate » (Elya Randrianaivo, court métrage de fiction, France et États-Unis, 12 min, en anglais) : une femme bien intentionnée héberge une petite fille placée en famille d'accueil après l'overdose de sa mère. Malgré ses efforts, elle n'arrive pas à percer le silence de l'enfant.

La situation atteint un point de rupture le jour des visites, quand la fillette disparaît, alors que sa mère biologique n'est pas arrivée à l'heure. Les deux femmes doivent faire équipe pour la retrouver et affronter leurs peurs et leurs préjugés.


« Tout va bien » (Thomas Ellis, long métrage documentaire, France, 86 min) : cinq adolescents de 14 à 19 ans, arrivés seuls en France après avoir traversé déserts et mers, apprennent un métier, un pays et pour certains une langue à Marseille. Le film a été tourné de septembre 2022 à juillet 2024, et l'autorisation de l'aide sociale à l'enfance (ASE) pour filmer les mineurs a demandé un an et demi, selon le réalisateur.

Il ne s'attarde pas sur le périple, mais sur les premiers pas de ces jeunes dans l'accueil : l'un est placé en foyer, tandis que l'âge de son frère est mis en doute et qu'il doit passer un test de minorité. Premier long métrage du réalisateur, il est sorti en salles le 7 janvier 2026;


« Grandir » (Géraldine Doignon, long métrage documentaire, Belgique, 88 min, première française) : le film suit Luna, 18 ans, qui s'apprête à devenir mère, et Charline, 17 ans, qui vit seule et s'accroche au sport et à l'école. Tout les oppose, sauf un passé commun : un placement en foyer, une histoire familiale fracturée, l'absence de repères.

Le film se demande comment devenir adulte à la sortie des institutions, sans modèle et sans filet. Le festival le décrit comme un portrait croisé sur la jeunesse, l'émancipation et les déterminismes sociaux.