Prévention des violences, écoute de la parole des enfants, soutien à la parentalité, moyens pour la protection de l’enfance et prise en compte des recommandations de la Ciivise. L’Uniopss appelle à une réponse de long terme face aux violences subies par les enfants.
« La société toute entière est malade des mauvais traitements infligés à de trop nombreux enfants. » C’est le constat dressé par l’Uniopss dans un communiqué publié le 9 juin. Alors que les débats se concentrent sur les défaillances éventuelles ayant précédé la mort de Lyhanna et sur les réponses pénales à apporter, le réseau associatif appelle à regarder plus largement les violences faites aux enfants. Pour l’organisation, la priorité est autant de prévenir les passages à l’acte que d’en sanctionner les auteurs.
Des manques de protection
« L’émoi général et la colère se propagent dans tout le pays après le meurtre de la jeune Lyhanna », écrit l'Uniopss. Pour la fédération associative, ce drame est « sans doute le résultat de dysfonctionnements majeurs » mais aussi de « manques réitérés de protection de tous les enfants de notre pays ». La découverte du profil du suspect présumé a provoqué une vague d’indignation, alimentée par la succession d’affaires de violences sexuelles impliquant des mineurs. L’organisation rappelle que derrière ces dossiers se trouvent des « vies abîmées ou détruites » et refuse de limiter le débat au seul traitement judiciaire de l’affaire.
La transparence attendue
Sans exonérer les institutions de toute responsabilité, l’union associative estime qu’il est trop tôt pour désigner d’éventuels responsables. Elle rappelle qu’il ne s’agit pas « d’accabler ni les magistrats, ni les policiers », qui exercent leurs missions « avec engagement et compétence ». Les enquêtes en cours devront néanmoins établir si des fautes professionnelles ont été commises. Pour le réseau associatif, « la transparence annoncée sur les résultats à venir de ces enquêtes est une nécessité ».
« Faciliter et encourager, partout et toujours, la parole des enfants »
Prévenir avant tout
Pour la fédération des solidarités et de la santé, la réponse ne peut pas se résumer à la sanction des auteurs. Elle demande au gouvernement de prendre « enfin pleinement en compte les 82 recommandations de la Ciivise de novembre 2023 ». Ces propositions concernent le cadre pénal, mais aussi la prévention, le repérage des violences et l’accompagnement des victimes. L’organisation appelle à « renforcer le repérage des violences » et à « faciliter et encourager, partout et toujours, la parole des enfants ». Elle insiste également sur l’importance d’une écoute assurée par « des adultes formés et soutenus dans cette fonction ». L’Uniopss demande aussi une vigilance accrue face aux comportements suspects pouvant être observés dans les différents lieux de vie des enfants, qu’ils soient familiaux, scolaires, sportifs, culturels ou religieux.
Une responsabilité collective
Alors que « des centaines de milliers de plaintes sont en attente ou n’ont pas potentiellement les moyens d’être correctement suivies », la fédération estime que les difficultés ne peuvent être réduites à quelques erreurs individuelles. Selon elle, « il ne s’agit donc pas seulement de possibles dysfonctionnements de la justice ou de fautes personnelles ». L’organisation considère au contraire que ces violences interrogent l’ensemble de la société. « C’est la société toute entière qui est malade des mauvais traitements infligés à de trop nombreux enfants », affirme-t-elle.
« Une vision intersectorielle »
Une autre politique de l’enfance
Le mouvement associatif défend depuis plusieurs années la mise en place d’« une grande politique de l’enfance » capable d’« accompagner et protéger tous les enfants de notre pays ». Pour l’organisation, cette politique doit être « coordonnée », dotée de moyens suffisants et construite autour d’« une vision intersectorielle qui prenne en compte les différents temps de vie de l’enfant ». Elle plaide également pour des réponses de long terme. Cela passe notamment par l’éducation des enfants, « en particulier des jeunes garçons », mais aussi par le soutien à la parentalité.
Le débat parlementaire
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement entend faire évoluer son projet de loi sur la protection des enfants. Le 9 juin, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l’ajout de nouvelles mesures relatives aux violences sexuelles commises contre les mineurs. Le texte doit être examiné à l'Assemblée nationale à partir du 15 juillet. Avant son examen par les députés, le texte « sera rectifié lors du Conseil des ministres qui se tiendra dans dix jours », a précisé le Premier ministre.
Au-delà des débats du moment, l’Uniopss appelle à ne pas traiter dans l’urgence des questions qu’elle juge fondamentales. La fédération rappelle que la protection de l’enfance et la réponse pénale aux violences sexuelles constituent « deux sujets majeurs qui nécessitent un travail parlementaire approfondi ».
L’organisation estime aussi que les violences sexuelles faites aux enfants ne peuvent être appréhendées sous le seul angle de la protection de l’enfance. « Réduire cette question au seul champ de la protection de l’enfance » conduirait, selon elle, à « invisibiliser les violences faites aux femmes », alors que ces violences reposent en partie sur les mêmes mécanismes et révèlent des défaillances institutionnelles comparables.
La loi intégrale relancée
Dans ce contexte, l’Uniopss demande l’inscription à l’ordre du jour du Parlement de la proposition de loi transpartisane visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants. Lors des questions au gouvernement du 9 juin à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de la Justice Gérald Darmanin ont indiqué que ce texte avait déjà été transmis au Conseil d’État.
Au-delà des évolutions législatives en cours, le réseau associatif appelle à bâtir une politique de l’enfance « globale » et « coordonnée ». Prévention, protection, éducation et soutien aux familles doivent être pensés ensemble pour répondre à « l’ampleur effrayante de la situation ».