Limiter l'accès des mineurs aux réseaux sociaux ne suffit pas à garantir leur sécurité. Dans de nouvelles recommandations, les Nations Unies demandent aux gouvernements et aux entreprises technologiques de renforcer la protection des enfants dès la conception des plateformes.
Depuis l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans décidée par l'Australie en décembre 2025, les initiatives se multiplient. L'Indonésie et la Malaisie ont déjà suivi cette voie. En France, une loi du 7 juillet 2023 a instauré une majorité numérique fixée à 15 ans pour l'inscription sur les réseaux sociaux, sans être réellement appliquée à ce jour. L'Assemblée nationale a adopté le 26 janvier 2026 une proposition de loi portée par la députée Renaissance Laure Miller visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le Sénat a approuvé une version différente le 31 mars. La prochaine étape se jouera en commission mixte paritaire, où députés et sénateurs tenteront de dégager un compromis. Plus d'une douzaine de pays envisagent désormais des restrictions comparables.
Mais pour Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits humains, le débat ne doit pas se résumer à l'âge d'accès aux réseaux sociaux. « Se contenter de limiter l'accès aux plateformes qui restent dangereuses ne saurait constituer une fin en soi pour protéger efficacement les enfants », prévient-il. « Renforcer la protection des enfants en ligne est une priorité urgente », ajoute-t-il.
L'ONU met en garde
Pour le Haut-Commissariat, le cœur du problème ne réside pas dans l'âge des utilisateurs mais dans la conception même des plateformes. Les atteintes subies par les enfants, souligne Volker Türk, « résultent de choix de conception et de pratiques commerciales qui compromettent la sécurité », notamment le défilement infini, la lecture automatique des contenus ou les notifications permanentes.
« Nous avons besoin d'une action beaucoup plus large — de la part des gouvernements et des entreprises — pour garantir que les plateformes elles-mêmes soient conçues de manière plus sûre », insiste-t-il. « Les États doivent exiger des entreprises technologiques qu'elles intègrent la sécurité dès la conception de leurs plateformes, au lieu de faire porter le fardeau aux parents et aux enfants. »
Même constat du côté de Peggy Hicks, directrice des activités thématiques du Haut-Commissariat. « Pendant trop longtemps, les plateformes n'ont pas assumé cette responsabilité », déplore-t-elle. « Souvent, elles ont donné la priorité à leur expansion ou à l'engagement de leurs utilisateurs plutôt qu'au bien-être des enfants. »

L'interdiction ne suffit pas
Le Haut-Commissariat met également en garde contre un risque souvent sous-estimé : celui du contournement. Les interdictions peuvent être facilement déjouées et pousser certains jeunes vers des espaces numériques encore moins encadrés.
La vérification de l'âge soulève également des difficultés. « Une vérification de l'âge mal effectuée peut à la fois manquer son objectif et mettre en danger la vie privée des enfants et des adultes », souligne Volker Türk. Contrôler l'identité des utilisateurs implique en effet la collecte de données particulièrement sensibles.
Dix exigences pour les plateformes
Le Haut-Commissariat publie dix lignes directrices pour orienter États et entreprises. Les restrictions d'âge ne sont pas exclues. Mais elles ne doivent pas masquer l'essentiel : pour le Haut-Commissariat, la protection des enfants passe d'abord par des plateformes plus transparentes, davantage contrôlées et réellement responsables de leurs choix. L'ONU réclame aussi une meilleure protection des données des mineurs, l'interdiction du microciblage publicitaire des enfants, des évaluations régulières de l'impact des plateformes et une participation accrue des jeunes aux décisions qui les concernent.
La pression monte
« Le monde numérique qui relie les enfants à l'apprentissage, à la communauté et à la créativité les expose également à des risques bien réels pour leur sécurité, leur vie privée et leur bien-être », rappelle Volker Türk.
Peggy Hicks résume ainsi le choix auquel sont confrontées les plateformes : modifier leurs pratiques pour mieux protéger les enfants ou se voir imposer des contraintes croissantes par les législateurs, les tribunaux et les autorités de régulation.
Il n'existe pas de « solution miracle », reconnaît-elle. Pour l'ONU, toute mesure future doit avant tout reposer sur les droits de l'enfant et les droits humains, plutôt que sur la seule restriction d'accès aux plateformes.