À l’Assemblée nationale, les violences dans le périscolaire parisien ont conduit le gouvernement à détailler ses mesures. Signalements facilités, contrôles renforcés, encadrement revu, sur fond de limites dans l’organisation actuelle.
Lors de la séance de questions au gouvernement du 14 avril, la députée Catherine Ibled, groupe Ensemble pour la République, Paris, alerte sur une situation qui dépasse des cas isolés. « Ces derniers mois, des témoignages bouleversants ont révélé les violences sexuelles et physiques subies par des enfants de la part d’animateurs du périscolaire parisien », rappelle-t-elle.
Elle insiste sur les conséquences pour les victimes. « Derrière ces révélations se trouvent des enfants qui auraient dû être protégés, entourés, écoutés, et qui ne l’ont pas été », ajoute l’élue, évoquant aussi « des familles meurtries ». Les chiffres viennent appuyer ce constat. « Depuis janvier, soixante-dix-huit animateurs ont été suspendus », souligne Catherine Ibled. Elle pointe aussi des pratiques préoccupantes. « Des agents mis en cause auraient même été changés d’établissement plutôt que suspendus et signalés », affirme-t-elle.
Au-delà des faits, la députée met en cause l’organisation même du périscolaire. Les activités se déroulent dans les écoles, mais relèvent de la Ville de Paris, sans articulation directe avec l’Éducation nationale. « Qui est responsable de la sécurité des enfants dans les écoles ? », interroge-t-elle, dénonçant une organisation cloisonnée qui complique le contrôle, le signalement et la prévention. Elle appelle à une réponse coordonnée de l’État.
« Des crimes », pas des dysfonctionnements
Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray répond en insistant sur la gravité des faits. « Il ne s’agit pas seulement de dysfonctionnements administratifs mais bien de crimes commis sur des mineurs », affirme-t-il.
Pour améliorer la détection, un guide unique a été diffusé afin de faciliter les signalements au procureur et les dépôts de plainte. « Tous les directeurs d’école de la Ville de Paris » ont été formés à ces procédures, précise le ministre. Une déléguée à la protection des enfants à l’école a également été mise en place. « Elle pourra être saisie quelle que soit la personne responsable, qu’elle relève du scolaire ou du périscolaire », indique-t-il.
Sur le périscolaire, qui relève des collectivités territoriales, le gouvernement met en avant une intensification des contrôles. « En trois ans, nous avons augmenté les contrôles de 70 % et cent agents supplémentaires y seront dédiés », indique Édouard Geffray.
Contrôler, sanctionner, éviter les retours
Dans le cadre du projet de loi relatif à la protection de l’enfance, de nouvelles mesures sont envisagées. Le ministre évoque un contrôle d’honorabilité ainsi que la création d’une « liste noire ». « Celle-ci recenserait les agents publics qui se seraient rendus coupables d’actes sur mineurs non pénalement répréhensibles, mais néanmoins inacceptables », précise-t-il. « Afin qu’ils ne puissent plus être réembauchés ni au sein de l’Éducation nationale ni au contact des mineurs de manière générale », ajoute-t-il.
« Nous étudions la faisabilité d’une mission conjointe qui serait menée par les différentes inspections générales », poursuit Édouard Geffray. Mais le cadre reste à définir. « Nous sommes en train d’expertiser son périmètre juridique », précise-t-il. Le gouvernement doit prochainement revenir sur ce point. « Sachez qu’il est à l’étude », conclut-il.