Le 6ᵉ baromètre Dons Solidaires/Ifop documente l'ampleur de la précarité hygiénique en France. Les moins de 25 ans, les parents de jeunes enfants et les familles monoparentales sont les plus exposés, avec des conséquences qui dépassent le seul budget.

Se laver, faire une machine, acheter des protections périodiques. Des gestes ordinaires, devenus pour une partie des Français des variables d’ajustement budgétaire. Le dernier baromètre Dons Solidaires/Ifop, publié le 17 avril 2026, met en évidence une précarité hygiénique qui s’installe dans le quotidien et touche notamment les plus exposés : les jeunes, les parents de jeunes enfants et les familles monoparentales. L'enquête a été menée auprès de 4 002 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus, du 3 au 12 novembre 2025.

« Aujourd’hui, des millions de Français doivent arbitrer en permanence entre l’alimentation, le logement, l’énergie ou les transports. Dans ce contexte, l’hygiène devient une variable d’ajustement, alors même qu’elle touche à la dignité, à la confiance en soi et au lien social », déplore Dominique Besançon, déléguée générale de Dons Solidaires.

Des jeunes fortement touchés

Si 43 % des Français déclarent avoir réduit leur consommation de produits d’hygiène pour des raisons budgétaires, ce chiffre grimpe à 60 % chez les jeunes, qui sont les plus exposés à cette précarité.

Les pratiques de restriction pour l'entretien du linge sont particulièrement répandues : 45 % des jeunes y ont recours, contre 33 % en moyenne. Parmi eux, 32 % ont gardé leurs vêtements plus longtemps pour repousser la lessive, 22 % ont réduit ou supprimé la dose de lessive dans leur machine, 18 % ont utilisé du savon ou du gel douche comme substitut.

Le retentissement psychologique est mesurable : 57 % des 18-24 ans contraints de diminuer leur consommation déclarent perdre confiance en eux, contre 46 % pour l'ensemble de la population. Dans les faits, ils sont 42 % à éviter d'inviter des proches chez eux. Et 38 % déclarent renoncer à un rendez-vous amoureux – soit 10 points de plus que la moyenne nationale – et 25 % ont renoncé à un entretien d'embauche. Par ailleurs, 28 % des 18-24 ans se sentent régulièrement seuls, contre 19 % en moyenne, et 36 % ressentent un malaise lié à leur présentation, contre 21 % pour l'ensemble des Français.

Une précarité menstruelle en forte hausse

13 % des Françaises réglées — soit environ 2,3 millions de femmes — manquent régulièrement de protections hygiéniques faute d'argent. 11 % d'entre elles utilisent des alternatives de fortune. Les effets sont multiples : 57 % se déclarent stressées ou anxieuses, 40 % disent perdre confiance en elles, 36 % renoncent à sortir pendant leurs règles et 20 % ne se rendent pas au travail. Les 18-24 ans sont les plus touchées, avec 20 % concernées, contre 7 % chez les 50-64 ans. À la rentrée 2026, les protections menstruelles réutilisables seront en partie remboursées pour les femmes de moins de 26 ans et prises en charge intégralement pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.

Des jeunes parents face au manque de couches

« Équiper le logement, faire garder son bébé, le faire soigner… Des dépenses incompressibles qui, dans un contexte économique dégradé, bousculent l'équilibre financier du foyer », relèvent les auteurs du baromètre. Résultat : 19 % des jeunes parents renoncent à l'achat de couches, 18 % utilisent des protections de substitution. Parmi ceux qui ont renoncé à acheter des couches, 63 % déclarent se sentir mauvais parents.

Familles monoparentales : des indicateurs dans le rouge

Les foyers monoparentaux concentrent les chiffres les plus élevés. D'après le baromètre, 60 % sont contraints de limiter leur consommation de produits hygiéniques, 26 % ont arbitré entre alimentation et hygiène contre 16 % de la population générale. Le recours à l'aide associative y est également plus fréquent : 12 % font appel à une structure d'aide, contre 5 % en moyenne.

Les effets se prolongent sur les enfants : 39 % des parents observent que leur enfant se compare aux autres sur le plan matériel, 38 % qu’il s’inquiète de la situation familiale et 35 % qu’il exprime de la frustration. La contrainte économique se diffuse ainsi dans l’environnement familial et dans les comportements des enfants.

Un isolement qui progresse

« Se priver de produits d'hygiène essentiels induit un sentiment de honte profond qui conduit à l'isolement », commente Dons Solidaires. Les chiffres du baromètre vont dans ce sens : 33 % des personnes concernées ne sortent plus de chez elles (+2 points), 27 % évitent certaines personnes de leur entourage (+4 points), 25 % renoncent à une activité sportive (+2 points). Des niveaux en légère hausse qui, malgré l'amélioration globale depuis 2024, restent supérieurs à ceux d'avant 2023.