Moqueries, fatigue, stress, aménagements non appliqués. Une enquête menée par France TND et Dyspraxique Mais Fantastique auprès de plus de 3 000 élèves, parents et professionnels révèle le fossé qui subsiste entre les ambitions de l'école inclusive et la réalité du terrain.
L'école inclusive progresse dans les textes. Sur le terrain, de nombreux élèves concernés par un trouble du neurodéveloppement (TND) continuent pourtant de vivre leur scolarité comme une épreuve. C'est l'un des principaux enseignements de l'enquête menée par France TND et Dyspraxique Mais Fantastique (DMF) auprès de plus de 3 000 élèves, parents et professionnels.
Parmi les 404 collégiens et lycéens interrogés, la moitié déclare ne pas être heureux d'aller à l'école. Plus de 6 sur 10 disent avoir déjà été moqués ou insultés en raison de leurs difficultés et près d'un sur trois se sent stressé en permanence.
« Je dois faire dix fois plus d'efforts que les autres pour suivre », confie un élève. Derrière ces chiffres se dessine un quotidien marqué par les efforts de compensation, la surcharge sensorielle et une fatigue qui finit par envahir toute la journée scolaire. « À la fin de la journée, je suis épuisé. Personne ne voit ça », résume un collégien.
Près des deux tiers des répondants présentent plusieurs troubles associés. Beaucoup expriment aussi le même souhait : être davantage entendus et participer aux décisions concernant leurs aménagements scolaires plutôt que de les subir.
Des professionnels en difficulté
Les difficultés décrites par les élèves trouvent un écho direct chez les adultes qui les accompagnent. Parmi les 466 enseignants, accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) et conseillers principaux d'éducation ayant répondu à l'enquête, seuls 8 % estiment que l'accompagnement des élèves avec TND ne pose pas de difficulté particulière. Plus de quatre répondants sur dix déclarent n'avoir reçu aucune formation spécifique. « Je veux bien aider, mais je ne sais pas comment », reconnaît un professionnel.
Les enseignants évoquent des besoins de plus en plus complexes auxquels ils peinent parfois à répondre faute de temps et de formation adaptée. Les AESH, eux, expriment un sentiment d'illégitimité de leur parole et regrettent que leur expertise soit insuffisamment prise en compte. Tous dénoncent également le cloisonnement persistant entre l'école et les professionnels qui suivent les enfants à l'extérieur, notamment les orthophonistes, les ergothérapeutes ou les psychomotriciens.
Des familles à bout
Près de 2 200 parents ont participé à l'enquête. Les répondants sont très majoritairement des mères. Seule la moitié indique disposer d'un interlocuteur clairement identifié dans l'établissement scolaire et beaucoup dénoncent des aménagements accordés mais insuffisamment appliqués. Le chiffre est sans appel : 84 % des parents interrogés déclarent se sentir démunis. « J'ai mis deux ans à faire reconnaître ses droits », raconte une mère.
Certaines familles rapportent également des remarques culpabilisantes et des jugements sur leur manière d'éduquer leur enfant. À la maison, les conséquences sont souvent immédiates. Après avoir fourni toute la journée des efforts pour s'adapter à l'école, l'enfant relâche la pression dans son environnement familial. « Toute la fatigue ressort une fois rentré », témoigne un parent. Les répondants évoquent régulièrement une anxiété permanente, des tensions familiales et, dans certains cas, l'apparition de phobies scolaires.
Les mêmes constats
L'un des principaux enseignements de l'enquête tient à la convergence des témoignages. Élèves, parents, enseignants et AESH identifient les mêmes difficultés : manque de formation, aménagements mal appliqués, coordination insuffisante et démarches administratives complexes.
À partir de ces résultats, France TND et Dyspraxique Mais Fantastique appellent notamment à mieux former les professionnels, garantir l'application effective des aménagements, renforcer la place des AESH, lutter contre le harcèlement, adapter les environnements sensoriels et associer davantage les élèves ainsi que leurs familles aux décisions qui les concernent.
Pour les deux fédérations, les difficultés de l'école inclusive ne relèvent pas d'un manque de bonne volonté des acteurs mais d'un système qui peine encore à s'adapter aux besoins des enfants concernés.